Saccage de l’ESU : Sombo Safi Ayane face au scandale de la carte d’étudiant, la justice appelée à sortir de son silence

​ La lutte contre le détournement des deniers publics en République démocratique du Congo exige que les conclusions des organes de contrôle et d’enquête soient suivies d’un examen judiciaire rigoureux. C’est dans cette perspective que le rapport d’enquête établi par l’Assemblée nationale, faisant état de présumées irrégularités imputables à la Ministre de l’Enseignement Supérieur, Universitaire, Recherche Scientifique et Innovation (ESURSI), Marie-Thérèse Sombo Safi Ayane, soulève la nécessité impérieuse d’une intervention des autorités judiciaires compétentes, notamment le Procureur Général près la Cour de Cassation, Firmin Mvonde.

​Selon les éléments contenus dans ledit rapport, des faits susceptibles de recevoir une qualification pénale auraient été relevés dans le cadre de la gestion des ressources publiques. Ces révélations justificient que le ministère public examine les faits avec toute la diligence requise dans un État de droit.

​Un rapport parlementaire qui appelle à des suites judiciaires

​Le rapport d’enquête de l’Assemblée nationale constitue un élément crucial, susceptible d’éclairer les autorités judiciaires sur les faits examinés par les parlementaires. Lorsque des irrégularités relevées concernent l’utilisation, la gestion ou la destination des fonds publics, leur examen par le parquet est indispensable pour déterminer si ces faits sont constitutifs d’une infraction prévue par la législation congolaise.

​À cet égard, le Procureur général du Parquet près la Cour de Cassation est formellement appelé à prendre connaissance des conclusions du rapport, à en vérifier les éléments pertinents et à apprécier l’opportunité des actes d’enquête relevant de ses attributions, dans le respect strict des règles de procédure applicables.

​Il ne s’agit pas ici de substituer le jugement de l’opinion publique à celui des juridictions, mais de veiller à ce que des faits documentés, lorsqu’ils sont susceptibles de constituer des infractions, ne demeurent pas sans examen judiciaire. L’heure n’est plus aux dossiers classés sans suite.

​La nécessité d’établir les responsabilités : personne n’est au-dessus de la loi

​La gravité des faits éventuellement relevés impose une démarche fondée sur la recherche de la vérité, la vérification des preuves et l’identification des responsabilités individuelles. La qualité de Ministre de l’ESURSI ne saurait, en elle-même, exonérer quiconque de l’obligation de répondre de ses actes devant les institutions compétentes.

​Toutefois, la mise en cause d’une personne ne suffit pas à établir sa culpabilité. Il appartient aux autorités judiciaires de procéder aux vérifications nécessaires, de recueillir les explications des personnes concernées et de réunir les éléments susceptibles de confirmer ou d’écarter les soupçons. La présomption d’innocence doit ainsi demeurer garantie tout au long de la procédure.

​L’opacité financière autour de la carte nationale d’étudiant : où est passé l’argent ?

​C’est le point focal de ce scandale, véritable symbole de ce que le rapport qualifie de « saccage ». Sans aller dans le détail technique du rapport, la question que tout citoyen se pose est simple : qu’en est-il des 5 $ de la carte nationale d’étudiant multipliés par le nombre de millions d’étudiants en RDC ?

​Sur une année scolaire entière, alors que les étudiants n’ont jamais reçu cette carte, la question demeure, béante : qui a consommé cet argent ? Comment une telle perception a-t-elle pu être organisée sans qu’aucune contrepartie ne soit livrée aux bénéficiaires ? C’est un trou noir financier qui exige des réponses claires.

​Un appel pressant à l’intervention du Procureur général Firmin Mvonde

​Au regard des faits rapportés, un appel solennel est lancé au Procureur général près la Cour de Cassation, Firmin Mvonde. Il est urgent qu’il se saisisse du rapport d’enquête de l’Assemblée nationale et apprécie les suites judiciaires qu’il convient d’y réserver, conformément à la loi.

​Cette démarche vise à favoriser la transparence dans la gestion des finances publiques, à renforcer la responsabilité des agents de l’État, fussent-ils ministres, et à consolider la confiance des citoyens dans les institutions de la République.

​L’enjeu dépasse largement le cas individuel de Mme Sombo Safi Ayane : il concerne la protection du patrimoine public, le respect du principe de légalité et la lutte indispensable contre l’impunité. En matière pénale, chaque minute qui passe profite à l’auteur de l’infraction pour supprimer les traces, d’où la nécessité d’agir très vite, comme ce fut le cas dans le dossier de l’ancien Ministre de la justice, Constant Mutamba.

​La justice congolaise est donc appelée, avec force, à examiner les faits, à établir la vérité et à tirer toutes les conséquences de droit qui s’imposent, sans préjuger de l’issue de la procédure, mais avec la fermeté que la situation exige. Le silence n’est plus une option.

Kabeya Chris

More From Author

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You May Also Like