Kinshasa: Patrick Muyaya échange avec la notoriété communautaire sur la crise sécuritaire et humanitaire

​Le gouvernement congolais poursuit ses consultations directes avec les forces vives des zones touchées par les conflits à l’Est de la République démocratique du Congo. Ce dimanche 25 octobre 2026, le ministre de la Communication et Médias et porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, a pris part à une séance consultative organisée par l’Intercommunautaire du Nord-Kivu à la salle polyvalente de la paroisse catholique Notre-Dame de Fatima, à Kinshasa.

​La rencontre a réuni des notables et représentants des différentes communautés ethniques du Nord-Kivu résidant dans la capitale, aux côtés de personnalités coutumières et politiques de premier plan, notamment le Mwami Jean-Baptiste Ndeze, vice-ministre de l’Intérieur chargé des Affaires coutumières. Au cœur des échanges : la détérioration continue de la situation politique, sécuritaire et humanitaire dans la province.

​Mobiliser les communautés face à l’agression

​Initiée dans un contexte marqué par la persistance de l’insécurité et l’impact de l’agression rwandaise, cette consultation vise à recueillir les attentes et propositions du terrain. L’objectif final est la rédaction d’un cahier des charges et d’un plan d’action communautaire destinés à appuyer les efforts des institutions pour le retour de la paix, la restauration de l’autorité de l’État et la consolidation de la cohésion nationale.

​Prenant la parole, le porte-parole du Gouvernement a détaillé les avancées enregistrées sur le plan diplomatique, en particulier dans le cadre des processus de paix de Washington et de Doha. Il a rappelé la ligne ferme fixée par le chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, quant à la défense sans concession de l’intégrité territoriale.

​S’exprimant sur trois décennies de conflits, Patrick Muyaya a souligné la portée politique de l’Accord de Washington, qu’il qualifie de tournant décisif dans l’attribution des responsabilités :

​« Le premier avantage de l’Accord de Washington, c’est l’existence d’un document portant la signature du président rwandais. Lui qui a toujours nié la présence de ses troupes au Congo : comment peut-on signer un accord de paix sans avoir de troupes engagées sur le terrain ? »

​Le ministre a dénoncé l’exploitation illégale des ressources naturelles congolaises comme l’un des principaux moteurs de la durée du conflit. Il a exhorté les communautés à ne pas céder à la peur ni aux discours de haine, tout en mettant en garde contre la désinformation et la stigmatisation de certaines communautés, notamment les Banyamulenge, parfois instrumentalisées à des fins politiques.

​Sécurité globale et suivi humanitaire hebdomadaire

​Au-delà de la menace incarnée par l’AFC/M23, Patrick Muyaya a réaffirmé que l’action gouvernementale couvre l’ensemble des foyers d’instabilité à l’Est, y compris en Ituri et dans le Grand Nord face aux exactions des terroristes ADF. Il a rappelé la poursuite des opérations conjointes entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise (UPDF) pour neutraliser ces groupes.

​Sur le volet humanitaire, le ministre a tenu à rassurer quant au suivi rigoureux ordonné par la présidence :

​« Depuis plusieurs mois, le chef de l’État a instruit la ministre des Affaires humanitaires de présenter, chaque vendredi, un bilan complet des urgences humanitaires et des réponses apportées. Aucun sujet n’est laissé de côté. »

​La notoriété locale exige des actes et une justice réparatrice

​De leur côté, les représentants de l’Intercommunautaire du Nord-Kivu ont salué cette initiative de dialogue direct, tout en exprimant une attente forte en matière d’application concrète des résolutions adoptées lors des différents sommets.

​« Nous avons trop souvent l’impression que les résolutions obtenues restent des lettres mortes », a déploré l’un des porte-paroles de l’organisation, appelant à la mise en place de mécanismes rigoureux d’évaluation et de suivi.

​Les notables ont également insisté sur l’urgence de déployer une véritable justice transitionnelle. Pour l’Intercommunautaire, la cohabitation pacifique et la reconstruction régionale ne pourront se faire sans la recherche de la vérité, la poursuite des auteurs de crimes graves et la réparation effective des préjudices subis par les victimes depuis des décennies.

​Ce processus de concertation doit déboucher sur un document stratégique commun, destiné à servir de levier de plaidoyer pour accompagner l’action de l’État sur le terrain.

C. K. L.

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