Le contraste est saisissant. À peine quelques heures après le discours du Président Félix Tshisekedi appelant à la construction d’infrastructures durables, la réalité du terrain vient le rattraper brutalement.
Ce jeudi matin à 7h37, le croisement des avenues Opala et Shaba, dans la commune de Kasa-Vubu, offrait un spectacle désolant : une route transformée en lac. La chaussée, totalement submergée, est devenue impraticable. Bus 207, taxis et motos pataugent, manquant de s’embourber, au grand dam des Kinois qui tentent de rejoindre leurs lieux de travail.
Le discours et la réalité
Cette scène surréaliste intervient au lendemain de l’ouverture de la 12ème édition d’Expo Béton, le 7 octobre à Kinshasa. Une édition lancée par le Chef de l’État lui-même sous le thème évocateur : « Kinshasa, locomotive de la transformation des villes de la RDC ».Le thème prône la modernisation et la durabilité. Sur Opala-Shaba, la durabilité n’aura pas tenu une nuit de pluie.
Comment parler d’infrastructures durables quand des artères réaménagées cèdent à la première averse ?
Selon des informations recoupées, le calvaire ne date pas d’aujourd’hui. Au même croisement, un énorme nid-de-poule s’est formé et les caniveaux, complètement bouchés par des immondices, déversent toutes leurs eaux sur la chaussée.
Au-delà de l’inauguration, l’entretien
L’incident de Kasa-Vubu pose la vraie question de la gouvernance urbaine à Kinshasa. Faut-il seulement construire et couper des rubans, ou faut-il aussi entretenir ?Le problème n’est plus de bitumer des kilomètres de routes, mais de les doter d’un système de drainage efficace et d’un suivi technique rigoureux. Sans curage des caniveaux et sans entretien, la route la plus neuve devient le lac le plus sale de la capitale à la première pluie.À l’approche de la grande saison des pluies, la Ville de Kinshasa et l’Office des Voiries et Drainage sont interpellés.
La transformation de Kinshasa ne se mesurera pas au nombre de discours sur la durabilité, mais à la capacité d’une maman de Ngaba à traverser Opala-Shaba sans se mouiller les pieds.
Mardochée Munsi
