Dans une déclaration particulièrement virulente, Osée Yandi Yandi, cadre du Nouvel Élan d’Adolphe Muzito et secrétaire national de la Ligue des jeunes du parti, met en cause la démarche de l’ancien président Joseph Kabila, qu’il associe à un nouveau cycle de déstabilisation de la République Démocratique du Congo. Entre les rébellions successives dans l’Est, les négociations de paix et la défense de l’ordre constitutionnel, il livre une analyse politique qui met en cause les motivations de l’ancien chef de l’État.
La République démocratique du Congo est-elle condamnée à revivre indéfiniment les mêmes crises politiques et sécuritaires ? C’est la préoccupation exprimée par Osée Yandi Yandi, cadre du parti Nouvel Élan d’Adolphe Muzito, dans une déclaration intitulée « La RDC, victime d’un cycle infernal de son histoire politique ». Selon lui, la persistance de l’insécurité dans l’Est du pays s’inscrit dans une succession de mouvements armés dont il attribue la dynamique au pouvoir rwandais de Paul Kagame. Il cite notamment l’AFDL en 1997, le RCD/Goma en 1998, le CNDP en 2009, le M23 en 2012 et l’AFC/M23 entre 2021 et 2026. Il présente ensuite le mouvement qu’il désigne par le sigle « FRN », qu’il interprète comme le « Front rwandais pour la nuisance de la RDC », comme une nouvelle étape de cette évolution.
Dans son analyse, Osée Yandi Yandi estime que Joseph Kabila, en prenant la tête de ce qu’il présente comme un nouveau mouvement de contestation armée, avance des motifs liés à la gouvernance du régime de Félix Tshisekedi, notamment la tyrannie, la mauvaise gestion, le clanisme et le tribalisme. Toutefois, le cadre du Nouvel Élan rejette ces justifications et avance deux motivations qu’il considère comme déterminantes : d’une part, la volonté de déplacer vers des acteurs congolais la responsabilité de l’insécurité dans l’Est, au risque, selon lui, d’atténuer celle qu’il impute à Paul Kagame dans les massacres, le pillage des ressources naturelles et la déstabilisation du pays ; d’autre part, la volonté de Joseph Kabila de redevenir un interlocuteur direct de Félix Tshisekedi dans la recherche d’une solution à la crise, après avoir été, selon son analyse, écarté des différents processus de paix.
Une démarche qui intervient dans un contexte diplomatique sensible
Osée Yandi Yandi accorde également une importance particulière à la date du 12 octobre, qu’il associe à la naissance du prophète Simon Kimbangu. Il considère que cette référence symbolique intervient dans un contexte régional et international déterminant pour l’avenir de la RDC. Il évoque notamment la tournée du panel des facilitateurs de l’Union africaine, engagés dans la recherche d’une solution pacifique à la crise, ainsi que les perspectives d’évaluation de l’accord de paix signé le 27 juin 2025 à Washington entre Kinshasa et Kigali.
Pour le responsable du Nouvel Élan, cette initiative politique risque de compliquer les efforts diplomatiques en cours. Il estime notamment qu’elle remet en cause le processus de Doha, en avançant l’argument selon lequel la dissolution du mouvement rebelle concerné créerait un vide administratif et juridique susceptible d’entraîner l’arrêt des pourparlers. Cette conséquence demeure toutefois une appréciation formulée dans sa déclaration et nécessite une vérification au regard du statut juridique des parties signataires et des dispositions applicables aux négociations.
L’ancien président accusé de fragiliser les principes démocratiques
Au-delà des enjeux sécuritaires et diplomatiques, Osée Yandi Yandi conteste la légitimité morale de Joseph Kabila à se présenter comme une solution à la crise congolaise. Il lui reproche d’avoir, selon lui, rompu avec les principes démocratiques qu’il avait lui-même contribué à instituer lorsqu’il dirigeait le pays. Pour étayer son argumentation, il invoque l’article 5 de la Constitution, qui consacre la souveraineté du peuple et les modalités de son exercice, notamment par l’élection des représentants et le référendum.
Le cadre du Nouvel Élan appelle ainsi les Congolais à se référer à l’article 64 de la Constitution, qui reconnaît le devoir de faire échec à toute personne ou à tout groupe de personnes qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation des dispositions constitutionnelles. Dans cette logique, il considère que le véritable enjeu ne se limite pas à une confrontation entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi, mais concerne la défense de la souveraineté populaire et le refus de toute tentative de conquête du pouvoir par la violence.
Dans un registre particulièrement critique, Osée Yandi Yandi dénonce des responsables politiques qui, selon lui, continuent de considérer la République démocratique du Congo comme une propriété privée, à l’image de ce qu’il compare au système de domination de l’époque du roi Léopold II. Il conclut que les ambitions personnelles et les rancœurs politiques ne devraient pas prendre le pas sur l’intérêt national, la stabilité des institutions et la sécurité des populations.
Le Nouvel Élan remet également en question la légitimité de la Constitution
Enfin, Osée Yandi Yandi rappelle la position du parti Nouvel Élan d’Adolphe Muzito sur la Constitution actuellement en vigueur. Il affirme que sa formation politique a toujours considéré ce texte comme une « Constitution de facto », au motif qu’il aurait été élaboré par un constituant dérivé et promulgué par un président dont le parti conteste la légitimité populaire à l’époque.
Cette prise de position fait apparaître une double préoccupation au sein du débat politique congolais : la défense de l’ordre constitutionnel face au risque de prise du pouvoir par la force et, simultanément, la contestation de la légitimité historique du cadre constitutionnel lui-même. À travers cette déclaration, Osée Yandi Yandi expose ainsi la lecture du Nouvel Élan sur les responsabilités politiques nationales, les implications régionales de la crise sécuritaire et les risques que la nouvelle configuration politique pourrait faire peser sur les efforts de pacification de l’Est de la RDC.
Déclaration d’Osée Yandi Yandi, cadre du Nouvel Élan et secrétaire national de la Ligue des jeunes du parti.
Mardochée MUNSI
