L’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC) traverse depuis plusieurs semaines une profonde crise administrative et institutionnelle. Depuis près de deux mois, l’établissement est dirigé de manière intérimaire, tour à tour par le Secrétaire général académique, le Secrétaire général à la recherche ou encore le Secrétaire général administratif.
Au sein de la communauté universitaire, de nombreuses interrogations persistent quant aux véritables raisons de l’absence prolongée de la rectrice, Madame Espérance Bayedila.
Pour rappel, cette dernière avait été nommée à la tête de l’UNISIC le 10 décembre 2025. Après seulement trois mois de gestion marqués par plusieurs controverses, notamment la révocation massive de plus de 247 agents une décision dénoncée par certains comme une violation des règles du droit administratif congolais , la rectrice demeure introuvable, tandis que l’université continue de fonctionner sous la direction d’autorités intérimaires se relayant sans communication officielle claire à l’attention de la communauté universitaire.
Selon plusieurs sources concordantes, notamment des voisins ainsi que certains membres du personnel de l’université, la « dame de fer » résiderait depuis près d’un mois dans la parcelle familiale située à Yolo afin d’y suivre des soins médicaux traditionnels, après l’échec présumé d’une intervention chirurgicale effectuée au Japon il y a environ deux mois.
Toujours selon ces mêmes sources, elle serait actuellement incapable de se lever ou de marcher sans assistance et utiliserait une chaise roulante.
Face à cette situation, certains estiment qu’il serait préférable qu’elle reste éloignée du milieu professionnel afin de récupérer pleinement ses capacités physiques. Plusieurs observateurs rappellent également que, lors du récent contrôle parlementaire effectué à l’UNISIC par une commission des députés nationaux dans le cadre des enquêtes initiées au Parlement sur proposition de l’honorable André Mushongo concernant les paiements des quotités et autres frais dans les établissements publics, la rectrice Bayedila était encore absente malgré l’importance du dossier directement lié à la gestion de l’institution qu’elle dirige.
Cette succession d’absences alimente davantage les interrogations au sein de la communauté universitaire, où une grande partie des agents réclame désormais des explications claires sur cette situation jugée préoccupante pour l’avenir de l’établissement.
De leur côté, les agents révoqués par la rectrice considèrent cette situation comme une forme de « justice divine ». Certains d’entre eux évoquent des références bibliques liées au Pharaon et aux oppresseurs qui refusaient de laisser le peuple d’Israël vivre en paix avant d’être frappés par des renversements de situation et diverses épreuves.
Selon ces agents, la crise actuelle serait la conséquence des injustices, humiliations et révocations qu’ils qualifient d’abusives, arbitraires et à caractère tribal.
Par ailleurs, la semaine dernière, les avocats de la rectrice Bayedila ont comparu devant le Conseil d’État face aux avocats des agents révoqués, ces derniers dénonçant notamment des décisions motivées, selon eux, par des considérations ethniques et tribales. Le verdict des juges est désormais attendu aussi bien par le camp des agents révoqués que par celui de la direction actuelle.
Un professeur proche de la rectrice Bayedila a également contacté notre rédaction et affirmé avoir tenté d’apaiser cette situation devenue extrêmement tendue entre les agents révoqués et les membres du comité de gestion.
Selon ce professeur, l’objectif était de désamorcer la crise et de rapprocher les deux camps, l’affaire ayant déjà pris des proportions inquiétantes entre les fils et filles d’une même institution, alors qu’une solution interne demeurait encore possible sans nécessairement exposer cette crise devant les instances judiciaires et politiques du pays.
Toujours selon ses déclarations, cette situation ternit fortement l’image de l’UNISIC et affaiblit davantage la crédibilité de l’institution à un moment où le Président de la République, Félix Tshisekedi, met un accent particulier sur la construction et la modernisation des universités à travers le pays.
Le professeur affirme avoir personnellement conseillé à la rectrice Bayedila de retirer sa décision de révocation massive des plus de 247 agents et de convoquer un cadre de concertation susceptible d’aboutir à une solution apaisée afin de restaurer le calme au sein de la communauté universitaire.
Il lui aurait également recommandé de rétablir l’ordre dans l’institution sans représailles, sans haine tribale et sans logique de règlement de comptes, tout en rappelant que le Chef de l’État serait déjà informé de cette situation, laquelle risquerait, selon lui, de prendre une tournure encore plus grave si aucune solution durable n’était rapidement trouvée.
Cependant, selon ce même professeur, la rectrice Bayedila lui aurait répondu sur un ton particulièrement ferme que l’UNISIC n’avait pas été créée par « Tshilombo » ni par des ressortissants du Kasaï, mais par Malembe Tamandiak, originaire du Grand Bandundu, avec l’appui des « pères Kongo » ayant construit cette institution.
Toujours selon cette source, elle aurait déclaré que si le Président de la République souhaitait donner des ordres ou des injonctions, il pouvait le faire au Kasaï, notamment à l’Université de Mbuji-Mayi ou à l’Université de Kananga, mais pas à l’UNISIC, qu’elle considérerait comme « leur maison », réservée, selon ses propos rapportés, aux ressortissants de l’espace Kongo et de l’ex-Bandundu.
La même source affirme également qu’un chef de travaux aurait déclaré, lors de la nomination du tout premier responsable kasaïen à la tête de cette université, dans un forum WhatsApp interne :
« Nous ne voulons pas voir un Muluba à la tête de cette université. »
Ces révélations, si elles venaient à être confirmées officiellement, pourraient provoquer un véritable séisme au sein de la communauté universitaire et susciter de nombreuses réactions tant sur le plan académique que politique.
Vungule Mayala Alexandre
