UNISIC : au-delà du soutien acheté à la rectrice, l’enjeu reste le respect de l’Instruction académique n°027

Une mise au point sur l’objet du débat

La récente déclaration de la Délégation syndicale de l’UNISIC, réaffirmant son soutien à la rectrice Espérance Bayedila et lui souhaitant un prompt rétablissement, ne répond pas aux principales interrogations soulevées par notre précédent article consacré à l’application de l’Instruction académique n°027.

Contrairement à certaines interprétations, notre démarche n’a jamais consisté à attaquer la vie privée, l’état de santé ou la dignité de la rectrice. Ces questions relèvent de sa sphère personnelle et méritent le respect dû à tout être humain.

Notre préoccupation est ailleurs : elle porte exclusivement sur la gouvernance institutionnelle et le respect des textes réglementaires qui encadrent l’enseignement supérieur en République démocratique du Congo.

Le soutien syndical face aux questions de gouvernance

Dans son communiqué, la Délégation syndicale apporte son soutien à la rectrice, défend son bilan et dénonce des attaques personnelles. Cependant, elle ne répond à aucune des questions fondamentales soulevées par les articles 64, 65 et 67 de l’Instruction académique n°027.

La déclaration syndicale ne précise pas où se trouve actuellement la rectrice, ne confirme pas sa présence régulière sur son lieu d’affectation et ne se prononce pas sur l’application des dispositions réglementaires relatives à l’absence prolongée d’une autorité académique.

Pourtant, le débat ne porte pas sur l’appréciation positive ou négative de la gestion de la rectrice. Il ne porte pas davantage sur les réformes qu’elle aurait engagées. Il porte sur une question simple : les textes en vigueur sont-ils respectés ?

Le cadre juridique : les articles 64, 65 et 67 de l’Instruction académique n°027

L’article 64 de l’Instruction académique n°027 impose aux membres du Comité de gestion de résider sur le lieu d’implantation de leur établissement.

L’article 65 interdit l’exercice à distance du mandat d’autorité académique.

L’article 67 dispose qu’une absence prolongée de trois mois à un poste d’affectation équivaut à une démission et prévoit l’intervention des instances compétentes.

Ce sont ces dispositions qui ont motivé nos interrogations et qui continuent d’attendre une réponse officielle.

Gouvernance institutionnelle et nécessité de clarification

En réalité, le communiqué de la Délégation syndicale semble confirmer un élément important : la rectrice traverse une période de convalescence et son retour est attendu au sein de l’institution. Mais cette affirmation, loin de clore le débat, renforce la nécessité d’une communication officielle de l’administration sur les modalités actuelles de gouvernance de l’université.

Qui assure effectivement la gestion quotidienne de l’établissement ?

Depuis quand cette situation dure-t-elle ?

Les dispositions prévues par l’Instruction académique n°027 ont-elles été examinées par les autorités compétentes ?

Un rapport a-t-il été établi conformément à l’article 67 ?

Voilà les questions auxquelles la communauté universitaire, les étudiants, les enseignants, les agents et l’opinion publique attendent des réponses.

Dans un État de droit, le respect des textes ne dépend ni de la popularité d’un dirigeant, ni de la qualité de son bilan, ni du soutien dont il bénéficie. Les règles existent précisément pour garantir la continuité et la régularité des institutions, indépendamment des personnes qui les dirigent.

C’est pourquoi la véritable question demeure entière : pourquoi l’administration de l’UNISIC ne communique-t-elle pas officiellement sur une situation qui alimente les interrogations depuis plusieurs mois ?

Communication institutionnelle : un silence qui interroge

Depuis plusieurs mois, diverses informations et spéculations circulent au sein de la communauté universitaire concernant l’état de santé de la rectrice. Certaines évoquent une période de convalescence prolongée ou des difficultés de mobilité. Toutefois, aucune communication officielle de l’UNISIC n’est venue confirmer ou infirmer ces informations.

Rumeurs et fausses informations : les conséquences du manque de communication

Plus récemment, dans la soirée du samedi dernier, une publication diffusée sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook, a suscité une vive émotion au sein de la communauté universitaire. Celle-ci annonçait le décès de la rectrice Espérance Bayedila des suites d’une maladie. L’information a rapidement été contestée et présentée par plusieurs internautes comme une fausse nouvelle (« fake news »), sans qu’une communication institutionnelle officielle ne vienne immédiatement clarifier la situation.

Cet épisode illustre une fois de plus les conséquences du déficit de communication autour de la situation actuelle de la gouvernance de l’UNISIC. Lorsqu’aucune information officielle n’est mise à la disposition de la communauté universitaire et de l’opinion publique, les rumeurs, les spéculations et les fausses informations trouvent un terrain propice à leur propagation. Plus que jamais, une communication claire, régulière et officielle apparaît nécessaire pour préserver la sérénité au sein de l’institution et éviter que le débat ne soit alimenté par des informations non vérifiées.

C’est précisément cette absence de clarification institutionnelle qui alimente les rumeurs et les interprétations. Dans un contexte aussi sensible, seule une communication officielle de l’administration est susceptible de mettre fin aux spéculations et de rassurer la communauté universitaire sur les modalités actuelles de gouvernance de l’établissement.

Transparence, légalité et responsabilité des autorités

Le soutien de la Délégation syndicale à la rectrice est son droit le plus absolu. Toutefois, ce soutien ne saurait se substituer à une clarification institutionnelle sur l’application des articles 64, 65 et 67 de l’Instruction académique n°027.

Aujourd’hui, plus que jamais, la communauté universitaire attend non pas des déclarations de soutien ou des prises de position émotionnelles, mais des réponses administratives, juridiques et officielles.

La question n’est pas de savoir si la rectrice bénéficie ou non du soutien de ses collaborateurs. La question est de savoir si les dispositions de l’Instruction académique n°027 sont respectées et quelles mesures ont été prises par les autorités compétentes face à une absence prolongée qui, selon l’article 67, est assimilée à une démission.

Dans un État de droit, les textes n’ont de valeur que lorsqu’ils sont appliqués. C’est pourquoi l’administration de l’UNISIC, le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire, le Conseil d’administration des universités (CAU) ainsi que toutes les autorités compétentes sont appelés à apporter les clarifications nécessaires afin de dissiper les doutes qui persistent au sein de la communauté universitaire.

Le Président de la République, Félix Tshisekedi, garant du bon fonctionnement des institutions publiques, est également interpellé. La communauté universitaire attend que les principes de légalité, de transparence et de bonne gouvernance soient appliqués avec la même rigueur à tous les établissements publics, sans distinction.

au cœur du débat, le respect des textes

Car au-delà de la personne de la rectrice Bayedila, c’est la crédibilité de la gouvernance universitaire, le respect de la légalité académique et l’autorité même des textes qui régissent l’enseignement supérieur congolais qui sont aujourd’hui au cœur du débat. Tant qu’une communication officielle n’aura pas apporté des réponses claires aux interrogations soulevées par les articles 64, 65 et 67 de l’Instruction académique n°027, les questions demeureront entières au sein de la communauté universitaire.

JDA

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