Alors que Kinshasa traverse la pleine saison des mangues, une pratique inquiétante prend de l’ampleur dans les écoles et les marchés des communes périphériques : la vente de mangues non mûres, parfois bouillies, consommées massivement par les enfants. Maux de ventre, diarrhées et consultations en hausse.
Pour comprendre les risques, nous avons interrogé le nutritionniste Martin.
Kinshasa est en pleine période de mangues. On constate une forte consommation, surtout chez les enfants. Est-ce un problème ?
» La mangue en elle-même est un excellent fruit. Mûre, elle est riche en vitamines A et C, en fibres et en antioxydants. Le problème aujourd’hui à Kinshasa, ce n’est pas la mangue, c’est comment on la consomme. On voit des enfants en manger 4, 5, 6 par jour, souvent complètement vertes, non mûres, à jeun, sur le chemin de l’école ».
Justement, vous parlez de mangues non mûres. Quelles sont les conséquences ?
C’est très acide. La mangue non mûre contient beaucoup d’amidon non digestible et une sève riche en latex. Chez l’enfant dont le système digestif est encore fragile, cela provoque directement des crampes abdominales, des ballonnements, des diarrhées aiguës, des nausées et parfois des vomissements. C’est ce que nous voyons actuellement dans plusieurs centres de santé. Plusieurs parents nous rapportent que leurs enfants rentrent de l’école avec de violents maux de ventre.
Une autre pratique se développe, surtout dans les communes périphériques comme Masina, Kimbanseke, N’djili, Selembao : la vente de mangues non mûres bouillies. On en trouve devant les écoles. Que pensez-vous de cette pratique ?
C’est une pratique à double tranchant qu’il faut décourager. Les vendeuses pensent que bouillir la mangue verte la rend plus digeste. C’est faux. Bouillir enlève un peu l’acidité en bouche, mais ça ne détruit pas le latex et ça ne transforme pas l’amidon en sucre comme le fait le mûrissement naturel. Résultat, l’enfant a l’impression que c’est plus doux, il en mange plus, mais l’estomac reçoit toujours un produit non mûr, difficile à digérer. Et bouillie avec beaucoup de sel et de piment comme on le voit, ça irrite encore plus l’estomac.
Le phénomène est plus visible dans les écoles. Quel est votre message aux parents et aux chefs d’établissements ?
Mon appel est clair. J’interpelle les parents et surtout les chefs d’établissement :Aux chefs d’établissement : Interdisez formellement la vente de mangues non mûres et de mangues bouillies à l’intérieur et aux abords immédiats des écoles. Vous avez une responsabilité sanitaire. Un enfant malade, c’est des cours manqués, c’est une famille qui dépense pour les soins;
Aux parents : Surveillez ce que vos enfants emmènent comme goûter. Expliquez-leur qu’une mangue doit être mûre, parfumée, souple au toucher et jaune. Pas verte et dure comme une pierre. Et pas plus de une à deux mangues mûres par jour pour un enfant;
Aux vendeuses et mamans :Par souci de santé publique, arrêtez de proposer ce produit aux enfants. Privilégiez les fruits mûrs de saison.
Nous sommes en pleine saison, profitons-en bien, mais profitons-en avec intelligence. La saison des mangues ne doit pas devenir la saison des maux de ventre pour nos enfants.
Joël Ekutshu
