Visée par un rapport parlementaire accablant pour détournement de fonds publics et abus de pouvoir, la ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU), Marie-Thérèse Sombo, fait face à une violente réplique stratégiquement orchestrée par son cabinet. Plutôt que de s’attaquer de manière frontale et institutionnelle à la Chambre basse du Parlement, la cellule de communication du ministère a choisi la voie du journalisme de barrage.
Le procédé consiste à concevoir des éléments de langage et des textes clés en main pour les injecter sous forme de publications sponsorisées auprès de rédactions complaisantes, d’officines médiatiques et d’influenceurs sur les réseaux sociaux. Par cette guerre par procuration, la communication ministérielle cherche à insinuer une prétendue connivence entre les députés nationaux et la rébellion de l’AFC-M23.
Cette contre-offensive intervient alors que l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité des recommandations réclamant le départ de la ministre, au terme d’une enquête parlementaire éprouvante. Lors de son audition à la représentation nationale, la ministre avait elle-même publiquement concédé des erreurs de gestion, affirmant avoir été induite en erreur par son propre cabinet. Mais sur le terrain numérique, le récit fabriqué par ses communicants prend une tout autre tournure : il s’agit d’édifier une campagne de victimisation visant à laver l’image de la patronne de l’ESU en la dépeignant en réformatrice intrépide victime d’un lynchage politique.
Pour justifier la fronde des élus, les contenus sponsorisés distillés dans la presse de complaisance avancent cinq motifs censés démontrer que la ministre dérange des intérêts obscurs, notamment la suspension des activités académiques dans certains établissements à Goma et Bukavu, la fin supposée du monnayage lors du renouvellement des comités de gestion, le blocage de fausses thèses universitaires importées, la bancarisation des frais de quotités et l’interdiction des agréments accordés aux établissements d’enseignement anarchiques. En liant abusivement le contrôle parlementaire à ces initiatives, et en surfant sur la sensibilité sécuritaire de l’Est du pays, l’entourage de Marie-Thérèse Sombo commet un amalgame lourd de conséquences en insinuant que la représentation du peuple ferait le jeu des ennemis de la patrie pour faire sauter un verrou administratif.
Pourtant, cette narration du complot peine à masquer les griefs matériels étalés dans le rapport de la commission d’enquête parlementaire. Les députés n’ont pas statué sur des intentions politiques, mais sur des faits financiers précis et documentés, parmi lesquels figure l’existence d’un compte bancaire unique géré en dehors des circuits officiels du Trésor par un proche collaborateur de la ministre, soulevant des soupçons directs d’évasion de recettes publiques. S’ajoute à cela le dossier des cartes d’étudiants fantômes, marqué par la perception de frais obligatoires auprès de milliers d’étudiants à travers la République pour des cartes numérisées qui n’ont jamais été imprimées ni distribuées, laissant sans réponse la question de l’affectation réelle de ces fonds perçus.

Par ailleurs, un bordereau bancaire qui circule sur les réseaux sociaux montre clairement qu’un conseiller de la ministre Sombo a perçu en espèces les quotités destinées au Secrétariat général de l’ESU. Dès lors, comment oser affirmer aux Congolais qu’il s’agit d’un acharnement ou d’une manipulation liée au M23 ?
En opposant du journalisme de commande et des contre-vérités militantes à des accusations de détournement gravées dans un rapport parlementaire, la cellule de communication du ministère commet une erreur stratégique majeure. Loin de disculper Marie-Thérèse Sombo, l’usage de la presse sous influence pour attaquer la légitimité des élus du peuple ne fait qu’accentuer le fossé entre le gouvernement et le Parlement, précipitant un peu plus la ministre au cœur d’une crise institutionnelle dont elle aura du mal à s’extraire.
C. K. L.
