Il faut une dose singulière de cécité politique ou une indéfectible loyauté envers l’impunité pour continuer à applaudir la gestion de Marie-Thérèse Sombo au ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire. Ses défenseurs de salon ont beau ergoter sur de prétendues « réformes qui dérangent », la réalité des chiffres et des faits est là, têtue, crue et accablante.
De quelle vision parle-t-on lorsque l’incompétence le dispute au scandale financier ?
Prenons un exemple concret, mesurable et partagé par des millions d’étudiants sur toute l’étendue de la République démocratique du Congo : pour l’année académique 2024-2025, cinq dollars américains ont été systématiquement prélevés pour l’obtention de la carte d’étudiant. Résultat des courses ?
Pas le moindre carton distribué. Zéro. Nada. Où est passée cette manne financière colossale ponctionnée dans la poche des familles congolaises ? Le silence assourdissant des gestionnaires sur cette question a de quoi donner des vertiges.
Face à la tempête, la parade trouvée frise le ridicule. D’après certaines sorties médiatiques, notamment sur Télé 50, la ministre aurait elle-même reconnu avoir été « induite en erreur » par les membres de son cabinet. Une ligne de défense surprenante, pour ne pas dire suicidaire. Car si la faute est avérée, quelle est la réaction de la représentation nationale et des institutions ? On demande des sanctions contre des « responsables » aussi fantomatiques qu’inconnus.
Réfléchissons une seconde avec un minimum de logique institutionnelle. Quels liens directs ces membres de cabinet, ces proches ou ces chefs d’établissements entreteniennent-ils avec le Gouvernement ou le Président de la République pour que ces derniers puissent les sanctionner ? Aucun. Ils ne leur sont en rien redevables. La seule, l’unique personne habilitée, outillée et politiquement responsable pour sévir et nettoyer les écuries d’Augias de son propre cabinet, c’est bien la ministre elle-même.
Couvrir cette déresponsabilisation équivaut à valider l’irresponsabilité au sommet de l’État.
À force de réciter des éléments de langage vides de sens, les thuriféraires de ce département ministériel oublient l’essentiel. Prendre cinq dollars pour une carte d’étudiant jamais livrée, est-ce cela la fameuse « réforme » ? Élaborer un calendrier académique ubuesque en oubliant purement et simplement d’intégrer la date des vacances de Pâques, relève-t-il du génie pédagogique ?
Instaurer un compte unique ou s’embourber dans des dossiers scabreux comme l’affaire des ISP Kimbanguistes, voilà le bilan réel qu’on nous vend sous le label flatteur de « modernisation ». Soyons sérieux.
Le pays ne changera pas tant qu’on continuera à ériger l’incompétence en art de gouverner et à applaudir des gestionnaires dont les décisions ne produisent que chaos et saignées financières. À un moment donné, il faut savoir appeler un chat un chat : le problème ne réside pas dans les réformes, mais bien dans ceux qui les instrumentalisent pour masquer le naufrage.
C. K. L.
