C’est la fin d’un spectacle aussi invraisemblable que dangereux. Pendant des années, sous le pont Matete à Kinshasa, des dizaines de vendeurs ont installé leurs étalages… directement sur le chemin de fer.
Légumes, poissons, friperie, braises, beignets. Tout se vendait à même le rail, là où le train passe encore régulièrement entre la gare centrale et l’Est de la capitale. À chaque coup de sifflet, les commerçants repliaient en vitesse leurs marchandises, avant de revenir quelques minutes plus tard comme si de rien n’était.
La semaine dernière, le décor a changé. Aux premières heures du matin, les agents de l’ordre ont mené une opération de déguerpissement. Tables renversées, marchandises saisies, vendeurs dispersés. La voie ferrée a été libérée. Ce constat a été fait par les reporters du CongoMarketNews.com.
« On savait que ça allait arriver. On nous avait prévenus bien avant. Mais on n’a pas où aller. On est obligés de revenir. Que les autorités compétentes trouvent pour nous des endroits appropriés où nous pouvons exercer nos activités », lâche Sandra, vendeuse de feuilles de manioc depuis 5 ans sur place.
Ce marché pirate, né de la saturation du grand marché de Matete et du manque d’espaces commerciaux, illustrait à lui seul le désordre urbain de Kinshasa.
Malgré le bureau de police situé à quelques mètres, il a prospéré sous les yeux de tous, au mépris des règles de sécurité les plus élémentaires.
Après le drame de Matadi Kibala en 2022, où plusieurs personnes avaient péri électrocutées sur un marché similaire installé sous des lignes à haute tension, les autorités avaient promis de fermer tous les marchés pirates.
À Pont Matete, la promesse a mis du temps à se concrétiser.Aujourd’hui, le rail est vide. Envahi par les herbes et jonché de déchets laissés par les commerçants, il attend sa réhabilitation.
Mais pour combien de temps ? Déjà, certains vendeurs se sont repliés dans les avenues voisines, avec une seule idée en tête : revenir dès que la pression retombera.
Car à Kinshasa, un marché chassé renaît toujours ailleurs.
Charlotte MUKANGA
