Faut-il ou non inviter les groupes armés au Dialogue national ? La question divise, comme diraient les disciples de Shakespeare : « That is the question ». Et pendant que le débat fait rage, le consensus se fait toujours attendre.
Il faut rappeler l’essentiel : annoncé par le Président Félix Tshisekedi, ce dialogue national vise, selon ses promoteurs, à renforcer la cohésion nationale face à la crise sécuritaire qui ronge l’Est du pays.
Le pouvoir le présente comme le ciment d’une réponse unie de la Nation contre l’agression et les rébellions, notamment l’AFC/M23 et le rôle prêté au Rwanda. Un complément aux processus diplomatiques de Washington et de Doha.
Mais c’est justement le format qui coince. Opposition et société civile réclament un dialogue véritablement inclusif, qui rassemble toutes les sensibilités politiques. Le pouvoir, lui, trace une ligne rouge : pas de rebelles armés, qualifiés de « complices » des massacres.
Une ligne contestée par une partie de l’opposition. Martin Fayulu, cadre de la coalition C64, estime que l’option militaire ayant échoué à reprendre les territoires sous contrôle de l’AFC/M23, il faut désormais envisager de parler avec ceux qui ont pris les armes.
L’opposition alerte : organiser un dialogue sans les belligérants, c’est prendre le risque de la balkanisation. C’est-à-dire le morcellement du pays en entités rivales, instables et en conflit permanent. Dans un pays déjà amputé de pans de son territoire et comptant des millions de déplacés, le scénario est inquiétant.
Et pendant ce temps, sur le terrain…
Les rebelles de l’AFC/M23 poursuivent leurs offensives contre les FARDC et leurs alliés, étendant la violence à de nouvelles zones. Une tragédie qui n’est plus nouvelle, mais dont le coût humain reste insupportable.
Comme si cela ne suffisait pas, Ebola refait des ravages. En août, le bilan officiel affichait 4 381 cas confirmés pour 2 011 décès. Plus de deux mille morts en quelques mois, une flambée décrite par plusieurs observateurs comme la plus rapide jamais enregistrée.
À cela s’ajoute la crise de l’éducation. La rentrée du 1er septembre a été marquée par une grève générale des enseignants du secteur public, qui exigent de meilleures conditions de vie et de travail. Jusqu’ici, aucune réponse concrète de l’État.
Alors, quand la classe politique cessera-t-elle ses querelles pour s’attaquer aux vrais problèmes des Congolais ? À force de se disputer sur qui a le droit de s’asseoir à la table du dialogue, ne risque-t-on pas de laisser le pays s’effondrer sans que personne ne s’en aperçoive ?
Charlotte MUKANGA
