Pourquoi un pays qui fait tourner le monde avec son cobalt et son cuivre reste-t-il l’un des plus pauvres ?
C’est la question explosive qui ouvre la 10e édition de l’Alternative Mining Indaba/RDC à Lubumbashi ce mercredi 28 octobre 2026. Pendant trois jours, jusqu’au 30 octobre, la capitale du Haut-Katanga devient le centre de gravité du débat minier congolais. Le contexte est électrique : Union européenne, Chine, États-Unis… Tous se bousculent pour les minerais stratégiques de la RDC, devenus vitaux pour la transition énergétique mondiale.
Dans son discours d’ouverture, le Dr Claude Kabemba, directeur de Southern Africa Resource Watch (SARW), n’a pas mâché ses mots. Pour lui, il est temps de passer des discours officiels à la réalité du terrain.
« Les ressources minières de notre pays doivent profiter à son peuple », a-t-il lancé, pointant le scandale d’un pays aux richesses immenses où la pauvreté persiste.
Le patron de SARW veut voir l’argent des mines ailleurs que dans les rapports. Il exige que les revenus servent à financer des écoles, des hôpitaux, à protéger l’environnement et à changer enfin la vie des communautés locales. Sa solution est de transformer les minerais sur place pour créer de la vraie valeur et une industrie congolaise. Au banc des accusés : tous les grands accords du moment. Le partenariat sur les matières premières durables avec l’UE, le corridor de Lobito, les accords sino-congolais et le tout dernier deal signé entre Kinshasa et Washington. Chaque contrat doit être passé au scanner de l’intérêt national.
« Comment un pays riche en ressources minières se retrouve-t-il encore parmi les pays pauvres ? Cette contradiction doit nous interpeller et nous amener à nous demander ce que notre pays en tire. Un pays qui négocie à l’international doit savoir ce qu’il veut faire chez lui », a-t-il affirmé.
Et d’ajouter, sans détour : « La présente édition prolonge cette réflexion en nous invitant à analyser les accords pour que leurs retombées soient manifestes dans notre pays, par une valeur industrielle palpable ».
Pas question pour autant de fermer la porte aux étrangers. L’objectif, selon lui, est de décortiquer les avantages, les limites et les effets réels de chaque partenariat pour imposer une répartition plus juste.
Un message bien reçu par le ministère des Mines. Représentant le ministre Louis Watum Kabamba, son conseiller Franck Fwamba a rappelé que la RDC doit garder la main sur sa propre stratégie minière, dans le respect total de sa souveraineté. Il a aussi reconnu le rôle clé de la société civile comme garde-fou : « La responsabilité minière ne s’arrête pas aux accords, elle touche aussi à l’après-mines », a souligné Franck Fwamba, insistant pour que la mine devienne enfin un levier de réduction de la pauvreté et de développement durable.
Autour de la table, une centaine de participants venus de tout le pays : Kinshasa, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri, Haut-Lomami, Kasaï et Katanga. Société civile, communautés locales et partenaires diplomatiques : tous sont venus à Lubumbashi pour une même exigence : que la richesse du sous-sol finisse enfin dans l’assiette des Congolais.
Charlotte MUKANGA
