Après le rapport de naufrage financier : le Conseil d’Etat enterre les réformes de Marie-Thérèse Sombo à l’ESU(Ordonnance)

​Sanctionnée par le Conseil d’État pour des réformes improvisées et rattrapée par des soupçons accablants de détournement, la ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire offre le triste visage d’une gestion calamiteuse. Entre désaveu juridique et fuite en avant médiatique, l’heure de la reddition des comptes a sonné.

​Une fonction publique n’est ni un tremplin personnel, ni un bouclier pour échapper aux exigences de l’éthique et de la loi. C’est une charge sacrée, un sacerdoce au service de l’intérêt général. Pourtant, la gestion de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU) sous l’ère de Marie-Thérèse Sombo restera comme le symbole d’une gouvernance erratique, marquée par l’improvisation réglementaire et l’opacité financière.

​Le Conseil d’État enterre la « réforme » de façade

​La démonstration la plus éclatante de cette dérive vient de tomber du sommet de l’appareil judiciaire. Par une ordonnance d’un poids juridique décisif (affaire sous ROR.1612), le Conseil d’État a sévèrement recadré la ministre en suspendant l’arrêté ministériel du 21 octobre 2025 et sa note circulaire connexe portant sur l’organisation des écoles doctorales en République démocratique du Congo.

​Pris à la hâte en violation manifeste des textes légaux, ces actes brandis par les réseaux de communication de la ministre comme des trophées de réformes se révèlent être des coquilles vides. Une bérézina institutionnelle qui réduit à néant le prétendu « bilan » de Marie-Thérèse Sombo, dont le passage à la tête de ce secteur névralgique se résume à une suite de tâtonnements juridiques et de décisions irréfléchies.

​Des détournements présumés aux manœuvres de diversion


​Mais le fiasco réglementaire n’est que la face émergée de l’iceberg. Le séjour de Marie-Thérèse Sombo au ministère a surtout été l’occasion de graves dérives financières, largement documentées par le rapport parlementaire de l’Assemblée nationale. Face à ces accusations de détournements de fonds publics, la stratégie de la maison est aussi vaine que pathétique : à défaut de fournir des explications claires et de répondre aux interpellations des représentants du peuple, le cabinet de la ministre, par l’intermédiaire de sa cellule de communication, s’evertue à sponsoriser des tribunes insipides et des opérations de propagande cousues de fil blanc.

​Penser redorer le blason d’une autorité éclaboussée par des faits avérés à coup de communiqués creux relève de l’illusion. En réalité, ces maladresses médiatiques se retournent chaque jour un peu plus contre la ministre, transformant ses propres éléments de langage en pièces à conviction de son incapacité à assumer la vérité en face.

​Démission, responsabilité et dignité humaine

​Face à l’accumulation des casseroles, entre désaveu judiciaire retentissant et scandales de mauvaise gestion financière, la question de la démission ne relève plus du simple débat d’opportunité politique : elle devient une exigence de dignité républicaine.

​Bien sûr, en droit, une accusation ne vaut pas condamnation, et la présomption d’innocence demeure un principe intangible. Nul ne réclame la guillotine politique au premier soupçon. Mais lorsque la faute est patentée, que les preuves s’amoncellent et que le maintien en fonction paralyse l’institution elle-même, s’accrocher au pouvoir devient une insulte à la République.

​À l’inverse, quitter ses fonctions dans de telles circonstances n’est pas nécessairement un aveu de culpabilité, pas plus que s’y agripper ne démontre du courage. C’est un acte de lucidité et de respect envers les administrés. C’est reconnaître que l’institution est plus grande que la personne qui l’incarne.

​L’heure de vérité

​Marie-Thérèse Sombo est aujourd’hui au pied du mur. Entre une administration qu’elle a malmenée, des réformes désavouées par la justice et des deniers publics dont l’Assemblée nationale exige la traçabilité, le temps des faux-fuyants est révolu.

​La véritable dignité ne consiste pas à s’enliser dans un déni stérile, mais à savoir regarder la réalité en face. Une fonction est une responsabilité, non un refuge.

Si l’honneur a encore un sens au sein de l’exécutif congolais, le sursaut d’éthique impose de cesser les diversions et de tirer les conséquences de ce naufrage global.

C. K. L.

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