AFRIQUE : De l’océan Indien à l’Atlantique, la RDC au cœur d’un projet ferroviaire stratégique reliant 4 pays

La Tanzanie, l’Angola, la République démocratique du Congo (RDC) et la Zambie envisagent de renforcer leur interconnexion ferroviaire à travers un vaste projet destiné à relier l’océan Indien à l’océan Atlantique. Une initiative qui pourrait transformer les échanges commerciaux en Afrique centrale et australe, tout en offrant de nouvelles perspectives économiques à la RDC.

Un nouveau pas vers l’intégration économique africaine. La Tanzanie et l’Angola ont convenu de connecter leurs corridors ferroviaires afin de faciliter le transport des marchandises entre les deux façades maritimes du continent. L’annonce a été faite ce vendredi 30 octobre 2026 par la présidente tanzanienne, Samia Suluhu Hassan, à l’issue de la visite de travail de son homologue angolais, João Lourenço, en Tanzanie. Le projet prévoit un raccordement passant par la Zambie et la République démocratique du Congo.

Concrètement, l’ambition consiste à connecter le corridor de Benguela, en Angola, au réseau ferroviaire Tanzanie-Zambie (TAZARA), qui dessert le port de Dar es-Salaam, sur l’océan Indien. Cette liaison permettrait de créer une continuité logistique entre le port angolais de Lobito, sur l’Atlantique, et celui de Dar es-Salaam. Selon les explications de Samia Suluhu Hassan, les deux pays disposent déjà de réseaux ferroviaires dont le raccordement nécessite encore des infrastructures supplémentaires pour assurer une circulation fluide des trains et des marchandises.

Pour la RDC, l’enjeu est particulièrement important. Le pays occupe une position stratégique dans cet axe de transport, notamment grâce à ses ressources minières situées dans le sud-est, particulièrement dans les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga. Le cuivre et le cobalt, dont la demande internationale reste importante dans les chaînes de valeur industrielles et énergétiques, pourraient bénéficier de nouvelles possibilités d’acheminement vers les marchés internationaux. Une meilleure interconnexion ferroviaire pourrait également contribuer à réduire les coûts logistiques, diversifier les voies d’exportation et renforcer les échanges commerciaux avec les pays voisins.

Ce projet s’inscrit dans un contexte où plusieurs initiatives ferroviaires sont déjà en cours dans la région. D’un côté, la Tanzanie et la Zambie poursuivent la modernisation du réseau TAZARA, avec un accord de financement de 1,4 milliard de dollars conclu avec la Chine en 2025. De l’autre, le corridor de Lobito, soutenu notamment par les États-Unis, l’Union européenne et des partenaires financiers africains, vise à renforcer la connexion entre l’Angola, la Zambie et la RDC. Le 27 octobre 2026, l’Africa Finance Corporation a d’ailleurs annoncé la sélection des entreprises privilégiées pour la construction d’une nouvelle ligne ferroviaire d’environ 830 kilomètres entre l’Angola et la Zambie.

Au-delà des infrastructures, cette interconnexion représente un enjeu de souveraineté économique et d’intégration régionale. Elle pourrait faciliter la circulation des marchandises, stimuler les investissements, soutenir les activités industrielles et offrir aux pays concernés davantage d’accès aux marchés internationaux. Toutefois, plusieurs défis restent à relever, notamment le financement des infrastructures complémentaires, la réhabilitation des tronçons existants, l’harmonisation des procédures douanières et la coordination entre les quatre États. Aucune date précise de mise en service de cette liaison transcontinentale n’a encore été annoncée. Pour la RDC, la question centrale sera donc de transformer sa position géographique et ses richesses minières en véritables opportunités de développement économique.

Mardochée Munsi

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