Le calcul est aussi simple qu’effarant. Pour le compte de l’année académique 2024-2025, les statistiques officielles recensent 688 647 étudiants inscrits dans les établissements publics et privés à travers l’ensemble du territoire de la République démocratique du Congo.
À raison de 5 dollars américains retenus d’office sur chaque tête au titre d’une redevance pour la carte d’étudiant, c’est la bagatelle d’au moins 3 443 235 dollars américains qui a été prélevée sur la masse estudiantine.
Une somme astronomique engloutie dans les méandres administratifs, alors même qu’aucun étudiant n’a vu la couleur de son précieux sésame sur le terrain. Pire encore, dans le sérail de l’enseignement supérieur, les initiés rappellent que ces effectifs officiels sont systématiquement sous-évalués, par pure tactique de survie budgétaire des comités de gestion. La cagnotte réelle volatilisée dépasse donc très probablement cette barre des 3,4 millions de dollars.
À peine le rapport d’enquête parlementaire révélant ces failles de gestion à la charge de la ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU), Marie-Thérèse Sombo, a-t-il été adopté à l’Assemblée nationale que le parfum du scandale vient une fois de plus raviver les braises d’une justice à deux vitesses au sommet de l’État.
Dans la foulée des révélations de la représentation nationale, les réactions indignées traversent l’opinion publique. Figure de proue de cette fronde citoyenne, Jean-Claude Katende, président de l’Association africaine des droits de l’homme (ASADHO), est monté au créneau.
Dans une prise de parole incisive publiée sur son compte X, le juriste pointe du doigt l’asymétrie béante qui gangrène la justice pénale et administrative congolaise : une promptitude féroce à traquer l’opposition et un bouclier d’impunité offert aux hauts dignitaires du régime.
Jean-Claude Katende dresse un parallèle saisissant. D’un côté, les opposants politiques et les voix dissidentes sont cueillis au bond et traînés devant les tribunaux pour de simples accusations de « faux bruits ».
De l’autre, des membres du gouvernement, pourtant formellement épinglés par les enquêtes de l’Inspection générale des finances (IGF) ou des commissions parlementaires pour des détournements avérés de deniers publics, continuent de circuler librement sous la protection de parapluies institutionnels.
Pour le président de l’ASADHO, l’affaire des quotités évaporées de l’ESU ne saurait se régler par des demi-mesures ou des sanctions cosmétiques reléguées à des lampistes inaudibles. L’exigence d’un procès transparent, impartial et exemplaire à l’encontre de la ministre de tutelle constitue désormais le test grandeur nature de la volonté du pouvoir d’imposer un État de droit dépouillé de la politique du « deux poids, deux mesures ».
Rédaction
