Rome : La C64 met Tshisekedi et Kabila dos à dos et verrouille 2028 comme ligne rouge constitutionnelle

À l’issue de son conclave tenu à Rome du 25 au 27 octobre, la Coalition Article 64 (C64) a haussé le ton. Les cinq figures de l’opposition ont rendu publique ce mardi leur déclaration finale : non à tout changement constitutionnel, non à la prise de pouvoir par les armes, et oui à un dialogue national inclusif.

2028 non-négociable : la Constitution comme ligne rouge absolue

La C64 réagit directement à l’adoption le 23 octobre par l’Assemblée nationale du texte fixant les conditions d’organisation du référendum. Pour la plateforme, aucune majorité parlementaire ne peut s’affranchir de la Constitution du 18 février 2006.

Elle estime qu’une loi référendaire ne peut contourner les dispositions verrouillées par l’article 220, notamment sur le nombre et la durée des mandats présidentiels. Troisième mandat, report des élections prévues en 2028, maintien au pouvoir au-delà des limites : la coalition dit non.

Sa formule est cinglante :  » Une Constitution n’a pas à être « aimée » ni désirée ; elle doit être scrupuleusement respectée et appliquée. « 

Un message adressé au camp du Président Félix Tshisekedi, dont les partisans poussent pour un changement de Constitution, mais aussi, et c’est la nouveauté, aux mouvements armés qui visent le pouvoir par la force. La C64 oppose la même exigence constitutionnelle à tous.

Tshisekedi et Kabila dans le viseur : la C64 veut rencontrer les deux ex

Au-delà du verrou constitutionnel, la C64 veut jouer les médiateurs. La coalition annonce sa volonté de rencontrer séparément le Président Félix Tshisekedi et l’ancien Président Joseph Kabila pour poser les bases d’un dialogue national inclusif.

Objectif : une solution congolaise à la crise, où composition, ordre du jour, facilitation et suivi seraient définis de manière concertée. Aucun calendrier n’est encore fixé, et aucun accord préalable des deux personnalités n’a été annoncé. La démarche reste à concrétiser.

Sécurité à l’Est : pas de solution militaire sans dialogue

Sur le front sécuritaire, la C64 est catégorique : il n’y a pas d’issue exclusivement militaire. Elle appelle à un dialogue inclusif sans exclusive pour obtenir la cessation des hostilités, la réunification du territoire et la cohésion nationale.

La plateforme exige des résultats vérifiables du processus de Doha : respect du cessez-le-feu, contrôle de son application, protection des civils et accès humanitaire. Elle réclame l’application de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité sur le retrait des troupes étrangères et demande la relance de la facilitation africaine menée par l’Angola et le Togo, en coordination avec la CENCO-ECC.

Libertés publiques : la C64 exige une décrispation immédiate

Volet politique intérieur, la coalition dénonce ce qu’elle qualifie d’arrestations arbitraires, d’intimidations et d’entraves aux activités pacifiques. Elle réclame le retour des exilés et la libération des détenus d’opinion.

Elle exige notamment la libération de Prince Epenge, une enquête indépendante sur les manifestations des 12 juin et 15 septembre et sur la mort de Manassé Lomboto, qu’elle qualifie d’assassinat. Elle réaffirme l’interdiction des milices privées prévue à l’article 190 et réclame la dissolution de ce qu’elle désigne comme la milice du parti au pouvoir, les  » Forces du progrès « .

Des accusations qui, à ce stade, restent les positions de la coalition et appellent des réponses des autorités concernées.

Accord de Washington : oui, mais sous condition de légitimité

Enfin, sur les engagements stratégiques de l’Accord de Washington, la C64 estime qu’ils doivent être préservés et bénéficier à la fois à la RDC et aux États-Unis. Mais à une condition : le respect de la Constitution et de la légitimité des dirigeants élus. Diplomatie et business ne peuvent prospérer sans ordre constitutionnel.

À Rome, la C64 a donc posé son équation : pas d’avenir sans Constitution, pas de paix sans dialogue. Reste à savoir si Tshisekedi et Kabila accepteront de s’asseoir à la même table, à distance.

Mardochée Munsi

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