À Kinshasa, faire un petit ou un grand besoin dans des toilettes publiques est devenu un luxe, constituant un véritable commerce pour certains. Entre 500 et 1000 FC la visite, ces infrastructures payantes poussent les Kinois à l’extrême et transforment les rues de la capitale en un immense dépotoir à ciel ouvert.
C’est une scène devenue banale. Au Marché Central, à Matete, à Victoire, à Gambela, dans les universités,… Des files d’attente devant de petites cahutes en tôle. À l’entrée, une maman avec un seau d’eau et du papier hygiénique découpé. Le tarif est affiché sans honte : 500 FC pour uriner, 1000 FC, parfois 1500 FC pour déféquer. Un constat fait par les reporters de CongoMarketNews.com, ce mardi 22 Septembre 2026.
Pour beaucoup de Kinois qui gagnent à peine 5000 FC par jour, c’est un budget impossible.
« Je suis vendeuse ambulante. Si je dois payer 1000 FC à chaque fois, je vais perdre tout mon bénéfice. Alors on se retient toute la journée, ou on va derrière un kiosque », confie Maman Solange, rencontrée au marché de Matete.
Conséquence directe : Kinshasa pue.
Faute de moyens, la population a trouvé des toilettes gratuites : les caniveaux, les parcelles inachevées, les murs, les rails, sous le Pont Matete,… La capitale suffoque sous les odeurs d’urine, surtout à 18h quand la chaleur retombe. Un véritable boulevard pour les maladies.
Médecins et environnementalistes tirent la sonnette d’alarme. Choléra, fièvre typhoïde, infections urinaires à force de se retenir… Le manque de toilettes publiques gratuites et propres est devenu un problème de santé publique majeur.
« C’est une bombe sanitaire. Nous demandons aux gens de se laver les mains, mais où vont-ils faire leurs besoins ? On ne peut pas privatiser un besoin naturel vital », s’indigne un médecin de l’Hôpital Omeko, près du parquet de Matete.
À qui profite le business ?
Derrière ces toilettes de fortune se cache un business très juteux. Certaines toilettes rapporteraient jusqu’à 50.000 à 100.000 FC par jour. Qui gère ces sites ? Qui fixe les prix ? Pourquoi la ville de Kinshasa n’impose-t-elle pas des toilettes publiques gratuites et décentes comme dans toutes les grandes capitales ?
Le droit d’aller aux toilettes ne devrait pas être un privilège. C’est une question de dignité humaine.
Charlotte MUKANGA
