Kinshasa : Alcool, cigarettes, shisha… Comment la jeunesse congolaise se tue à petit feu

C’est l’hécatombe silencieuse. Dans les ngandas de Matonge, les terrasses de Bandal et les rues de Masina, une bouteille de Pastis, une canette de bière forte à 8% et une cigarette roulée pour 500 FC suffisent pour détruire une vie. En RDC, l’alcool et le tabac tuent plus que jamais les jeunes, et personne n’en parle. Un constat alarmant fait par les reporters de CongoMarketNews.com, ce mercredi 28 octobre 2026.

Longtemps considérée comme un plaisir d’adultes, la consommation d’alcool frelaté, de cigarettes et de chicha a explosé chez les 15-30 ans. La conséquence c’est l’ AVC à 35 ans, cirrhose à 30 ans, cancers de la gorge et impuissance précoce. Une génération entière est en sursis. « À 28 ans, on reçoit déjà des foies détruits », a déclaré docteur Émile.

Le constat des médecins est glaçant. Dans les hôpitaux de Kinshasa, les cas de maladies liées à l’alcool chez les jeunes ont triplé en 5 ans.

« Avant, la cirrhose du foie concernait les hommes de 50-60 ans. Aujourd’hui, je reçois à l’Hôpital Général des jeunes de 25, 28 ans avec un foie complètement détruit, jaunisse et ventre gonflé d’eau. L’alcool fort vendu en sachet, le fameux ‘Tonton’ à 40 degrés pour 300 francs, est un véritable poison. Il brûle le foie, le pancréas et provoque l’hypertension qui finit en AVC », alerte le Dr Patrick Mbuyi, hépatologue à Kinshasa.

Le médecin ajoute : « le mélange est fatal. Tabac plus alcool égale risque multiplié par 10 de développer un cancer de la bouche, de l’œsophage et du poumon. La cigarette, elle, bouche les artères et provoque l’infertilité. »

« Si tu ne bois pas, tu n’es pas un homme ». C’est la phrase qui tue les jeunes à Kinshasa.
Pourquoi les jeunes s’y mettent-ils si tôt ? Pression sociale, chômage, et marketing agressif des brasseurs.

« Ici à Kinshasa, si tu refuses une bière, on dit que tu es faible. Pour draguer une fille, il faut payer des Primus. Pour oublier qu’on a pas d’emploi, on boit du Pastis en sachet. Moi j’ai commencé à 16 ans. À 23 ans, je n’arrive plus à dormir sans fumer et je tousse du sang le matin », témoigne Gradi, 23 ans, étudiant à l’UNIKIN.

C’est le piège. L’alcool bon marché est partout, accessible à tout âge, sans aucune régulation. Les sachets de 100ml, les bouteilles de liqueurs artisanales non contrôlées inondent les marchés.

Le cocktail mortel qui attend les jeunes à 40 ans

Les spécialistes préviennent : ce que les jeunes boivent aujourd’hui, leur corps le paiera cash demain à court terme et à long terme. Des accidents de moto sous ivresse, bagarres mortelles, rapports sexuels non protégés et grossesses précoces, échec scolaire, cirrhose du foie, cancer du foie et de la gorge, insuffisance rénale, diabète, hypertension artérielle, AVC et impuissance sexuelle définitive.

La RDC affiche aujourd’hui l’un des taux de mortalité prématurée les plus élevés d’Afrique centrale lié aux maladies non transmissibles, dont l’alcool et le tabac sont les principaux carburants. Sans une loi interdisant la vente d’alcool en sachet aux mineurs, sans campagnes choc dans les écoles et sans prise en charge psychologique des jeunes désœuvrés, c’est toute une génération qui risque de ne jamais atteindre 50 ans. Boire pour oublier le présent, c’est hypothéquer tout l’avenir.

Charlotte MUKANGA

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