Une image qui provoque la douleur de Kinshasa. Corneille Nangaa reçoit 3 anciens Présidents dans son QG de Goma. Kinshasa regarde et Kigali sourit.
Ce lundi, à Goma, Corneille Nangaa, le coordonnateur politique de l’AFC/M23, a reçu une délégation de très haut niveau de l’Union Africaine. Pas n’importe qui ! Mais, 3 anciens Chefs d’État. Il s’agit de: Uhuru Kenyatta de Kenya, Mokgweetsi Masisi de Botswana et Sahle-Work Zewde de l’Éthiopie. À ses côtés, ses adjoints sont Bertrand Bisimwa et Freddy Kaniki, dans les locaux même de la rébellion.
Officiellement, ils sont venus « consulter » l’AFC/M23 sur la paix.
Officieusement, c’est la reconnaissance d’une réalité que Kinshasa refuse d’admettre.
Pourquoi cette visite est explosive ?
Cette visite n’est pas un hasard. Elle arrive juste avant la grande conférence trilatérale d’octobre entre la RDC et le Rwanda, prévue après les accords de Genève des 12 et 13 août. Au menu de cette conférence, il aura notamment, la neutralisation des FDLR, le désengagement des forces et la levée des mesures défensives du Rwanda. Un ordre d’opérations devait même commencer le 1er octobre 2025. Mais sans l’accord du M23 qui contrôle Goma, Bunagana et une partie du Nord-Kivu, quel ordre peut s’appliquer sur le terrain ?
L’UA à choisi : le pragmatisme contre la doctrine de Kinshasa
Kinshasa dit : « On ne négocie pas avec les terroristes ».
L’UA répond : « On négocie avec ceux qui ont les armes, sinon les Kivutiens continueront à mourir. » La présence d’Uhuru Kenyatta, qui connaît le dossier congolais par cœur, est un signal fort. Le panel des facilitateurs ne vient pas en touristes. Ils viennent recueillir les exigences de Nangaa. Et pour les 2 millions de déplacés du Nord-Kivu, peu importe le protocole. Ce qu’ils veulent, c’est que les FDLR partent, que les bombes s’arrêtent, et qu’ils puissent rentrer à la maison. La question qui fâche à Kinshasa : Si l’UA consulte le M23 à Goma, que reste-t-il de la ligne « pas de dialogue » ?
Charlotte MUKANGA
