Kinshasa passe à l’offensive diplomatique. Pas à New-York, mais en Afrique. Le ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, et le haut représentant de Tshisekedi, Sumbu Sita, viennent de boucler un marathon diplomatique express à Lomé mardi 29 septembre, Luanda mercredi 30 Septembre, Brazzaville dans la foulée. Et ce n’est que le début d’une tournée qui va toucher une dizaine de pays en Afrique et en Europe.
L’objectif est de vendre le désarmement des FDLR. L’arme fatale de Kinshasa pour faire tomber l’argument de Kigali.
Lomé, Luanda : Kinshasa dévoile son plan
À Lomé, ils ont été reçus par le médiateur de l’Union Africaine lui-même, Faure Gnassingbé. Message de Tshisekedi en main, ils ont présenté ce que Kinshasa appelle sa victoire : « Il y a un processus qui a été engagé par la RDC en rapport avec la démobilisation du mouvement FDLR », a déclaré Anzuluni.
Selon Kinshasa, le processus avance. Trois autres groupes auraient adhéré à la démarche le 29 août. Le plan ? Dépôt volontaire des armes, regroupement dans des sites de cantonnement, puis retour au Rwanda. Un protocole de reddition volontaire par la sensibilisation.
24 heures plus tard à Luanda, même discours devant João Lourenço. Anzuluni martèle : « La RDC est déterminée à respecter ses engagements pris dans le cadre des accords de paix de Washington ».
Mais Kigali claque la porte : « ce n’est pas ce qu’on a signé a Washington »
Et c’est là que tout se bloque. Kigali ne veut pas de ce plan. Pour le Rwanda, rien ne peut remplacer les modalités de neutralisation des FDLR convenues dans l’accord de paix de Washington, signé en juin 2025 au niveau ministériel et entériné en décembre 2025 sous médiation américaine.
Le message rwandais est brutal : » Vous ne pouvez pas modifier unilatéralement les engagements. » Pire, Kigali accuse l’armée congolaise de poursuivre sa coopération avec les FDLR. C’est ce que Kinshasa dément formellement et exige que les déclarations des deux parties soient vérifiées selon les mêmes critères.
Enjeu : qui va faire sauter le prétexte ?
On a compris la stratégie. Depuis 30 ans, le Rwanda justifie sa présence dans l’Est par la menace FDLR. Si Kinshasa réussit à désarmer les FDLR devant témoins africains et européens, Kigali n’aura plus de prétexte.
C’est pour cela que Kinshasa fait le tour des capitales. Il faut des témoins. Il faut que Faure Gnassingbé, Lourenço, Sassou Nguesso disent : « Oui, Kinshasa a fait sa part ».
Reste à savoir si Washington va valider le protocole de Kinshasa ou celui de Kigali. C’est toute la guerre diplomatique qui se joue maintenant.
Le désarmement des FDLR n’est plus une question militaire. C’est une bombe diplomatique.
Charlotte MUKANGA
