Alors que le Trésor américain frappe au cœur de l’appareil militaire et financier rwandais, ciblant de plein fouet le ministère de la Défense et la coopérative bancaire des armées Zigama Credit and Savings Society, la réaction du gouvernement de Kigali offre une démonstration magistrale de mauvaise foi diplomatique.
En exigeant le retrait pur et simple des troupes rwandaises du sol congolais et la fin de la tutelle de Kigali sur le groupe terroriste M23, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, ne fait que nommer ce que la communauté internationale feignait de ne pas voir : l’agression directe et documentée de la République démocratique du Congo par son voisin. Mais face aux faits embarrassants et aux sanctions financières indiscutables, la diplomatie rwandaise ressort son éternel livre de recettes, alternant entre victimisation calculée et diversion systémique.
L’esquive de Kigali : le mythe du « bouc émissaire » face à la preuve des faits
Pour toute réponse au gel de ses avoirs et aux preuves de son soutien logistique aux rebelles, le ministère rwandais des Affaires étrangères se drape dans une posture d’indignation surjouée, dénonçant un rôle de « bouc émissaire ». Un argumentaire éculé qui frise l’absurde.
Comment prétendre être le « bouc émissaire » involontaire d’une guerre que l’on finance, que l’on arme et que l’on alimente en hommes sur le terrain ? Par la voix de sa porte-parole Yolande Makolo, le régime rwandais invoque des sanctions « à sens unique » et tente d’imposer un chantage diplomatique grossier : le respect des accords de Washington serait conditionné à l’éradication préalable des FDLR par Kinshasa.
En agitant le spectre de cette milice pour justifier le pillage systématique et la déstabilisation de l’est de la RDC, Kigali utilise un pare-feu sécuritaire qui ne leurre plus personne.
Une diplomatie du déni rattrapée par ses propres contradictions
Cette rhétorique du rejet de responsabilité révèle les limites d’un pouvoir habitué à l’impunité diplomatique. En se posant en victime permanente tout en maintenant ses régiments sous le pavillon de la rébellion du M23, le gouvernement rwandais sombre dans une incohérence intenable.
D’une part, Kigali exerce un chantage asymétrique en exigeant de ses partenaires le respect d’engagements sécuritaires tout en refusant d’appliquer la décision centrale des accords, à savoir le retrait immédiat de ses forces armées du territoire congolais.
D’autre part, en conditionnant son désengagement militaire à des exigences dictées à son voisin congolais, le régime rwandais confirme de facto sa posture d’occupant et d’agresseur belliqueux. Enfin, les sanctions directes contre l’institution bancaire Zigama CSS provoquent l’effondrement du récit officiel en soulignant l’implication directe des rouages financiers de l’État rwandais dans la traçabilité des ressources pillées et des flux matériels de la rébellion.
En s’accrochant à une posture d’esquive victimaire, le gouvernement rwandais ne démontre pas son innocence ; il confirme simplement son incapacité à assumer les conséquences de ses ambitions hégémoniques et destructrices dans la région des Grands Lacs.
C. K. L.
