La lutte contre Ebola à Beni, un passager par moto, une mesure choc qui divise. La police sévit pour faire respecter la règle, mais les conducteurs crient à la faillite. C’est le branle-bas de combat à Beni. Depuis trois jours, la police traque les taxis-motos en surnombre pour faire respecter à la lettre l’ordre du gouverneur militaire : un seul passager par moto pour freiner Ebola. Sur le boulevard Nyamwisi et dans tous les parkings de la ville, les agents sont partout. Tout conducteur pris avec deux clients est immédiatement contraint de faire descendre les passagers en trop.
Une mesure sanitaire radicale, prise alors que les cas d’Ebola explosent dans la zone Beni-Butembo-Lubero.
Mais sur le terrain, la mesure fait grincer des dents. Les conducteurs, entre adhésion et peur de la ruine. S’ils comprennent l’urgence sanitaire, ils redoutent une chute brutale de leurs revenus.
« Cette mesure sanitaire est bonne, mais elle a un impact négatif sur notre travail », lâche un motocycliste, résumant le dilemme de toute une profession. Certains clients, voyageant seuls, refusent désormais de payer le plein tarif, arguant de leurs propres difficultés.
Côté usagers, c’est l’angoisse du porte-monnaie. Fini le temps où l’on partageait une moto à deux pour diviser la course par deux. Pour beaucoup, assumer seul un trajet Beni-Oïcha ou Beni-Butembo relève de l’exploit. Et ce sont les familles qui trinquent le plus. Les parents qui emmenaient leurs enfants à l’école à moto doivent désormais multiplier les trajets. Double trajet, double dépense.
Malgré la grogne, les autorités ne comptent pas reculer. Pour elles, cette restriction reste une arme cruciale pour stopper la propagation du virus à virus Ebola.
Charlotte MUKANGA
