À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale célébrée ce 10 octobre, un sombre constat a été dressé dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu. Entre violences armées, traumatismes et déplacements massifs, les structures sanitaires recensent une explosion des pathologies psychologiques, révélant une urgence humanitaire et sanitaire souvent reléguée au second plan.
La violence armée chronique qui secoue l’est de la République démocratique du Congo laisse des cicatrices invisibles mais profondes. À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, un chiffre alarmant a été révélé lors d’une conférence-débat organisée à Kamango, à une centaine de kilomètres de Beni : 13 282 cas de troubles mentaux ont été identifiés dans la région au cours de l’année écoulée.
Avant les massacres successifs qui ont endeuillé la zone, le nombre de cas répertoriés s’élevait à 1 357. Cette multiplication exponentielle met en lumière un lien direct entre les traumatismes de la guerre et la détresse psychologique des populations locales.
Entre facteurs biologiques et traumatismes de guerre
Interrogé par la Radio Okapi le docteur Kambale Sekira, chercheur et psychologue, a décortiqué les origines de cette crise sanitaire silencieuse. Selon l’expert, si les causes biologiques et les facteurs familiaux jouent un rôle, ce sont bel et bien les facteurs psychologiques liés aux drames vécus qui font basculer des milliers de citoyens.
« Avant le massacre, nous avons comptabilisé 1 357 cas de maladies mentales. Mais le massacre a fait monter le taux à 13 282 cas. C’est-à-dire qu’il y a un problème direct par rapport aux violences subies », a expliqué le docteur Kambale Sekira.
Pour faire face à cette détresse, le chercheur plaide pour un changement radical de regard sur les patients. Il insiste sur la nécessité d’abandonner la stigmatisation qui entoure ces maladies :
« Ce jour normalement, quand nous le célébrons, nous devons écouter les gens en difficulté mentale. La plupart du temps, nous les stigmatisons lorsqu’ils sont déjà marginalisés. »
Vers une prise en charge et une écoute active
Au-delà du traitement médicamenteux, les spécialistes rappellent que la prévention passe par l’écoute et l’inclusion des personnes touchées au sein de la communauté. Travailler avec elles et prêter attention aux signes de détresse psychologique constitue le meilleur rempart pour stabiliser leur état mental et éviter l’aggravation de leurs symptômes.
Alors que le pays fait face à de multiples crises sécuritaires, cet appel de Beni rappelle que la reconstruction de la RDC passe impérativement par la guérison des âmes autant que par celle des territoires.
C. K. L.
