RDC : Jean-Pierre Lihau engage une refonte majeure de la Fonction publique pour redynamiser l’État

La Fonction publique congolaise fait l’objet d’un vaste programme de modernisation sous la conduite du vice-Premier ministre et ministre de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, dans le cadre de l’exercice de redevabilité du Gouvernement. Trouvant à son arrivée une administration dans un état qualifié de comateux, le ministre a articulé son action autour de la restauration du dialogue social, du contrôle rigoureux des effectifs, du rajeunissement des cadres et de la décentralisation des services publics.

Pour rompre avec la gestion verticale du passé, Jean-Pierre Lihau privilégie une approche fondée sur l’écoute, la concertation et la responsabilisation des agents. Cette vision se traduit par des échanges permanents avec les organisations syndicales et l’instauration d’un rendez-vous hebdomadaire ouvert à l’ensemble des fonctionnaires, sans distinction de grade, leur permettant d’échanger directement avec l’autorité ministérielle sur leurs conditions de travail.

Au cœur de cette entreprise de réorganisation, l’identification biométrique constitue la clé de voûte de la maîtrise des effectifs et de la masse salariale. Les équipes du ministère se déploient sur le terrain, dans les administrations centrales, provinciales et territoriales, pour recenser les agents sur leurs lieux effectifs de service.

Cette opération s’accompagne de la mise en place d’un annuaire numérique permettant à chaque citoyen de vérifier la situation administrative d’un agent public via un smartphone. « Nous devons disposer d’une cartographie exacte de notre personnel pour mettre fin aux recrutements politiques et fantômes », fait savoir le ministre.

Cette opération de recensement a permis d’identifier près de 300 000 fonctionnaires éligibles à la retraite. Grâce au renforcement de la couverture sociale assurée par la Caisse nationale de sécurité sociale des agents publics de l’État, dont le nombre de bénéficiaires a grimpé de 566 000 à près de 1,6 million d’agents, environ 20 000 fonctionnaires ont pu faire valoir leurs droits à la retraite de manière digne, un contraste saisissant avec les 923 départs enregistrés au cours de la décennie précédente.

Pour remplacer ces départs et professionnaliser le corps administratif, le ministère impose désormais le recrutement sur concours et mise sur la formation continue en s’appuyant sur l’École nationale d’administration et des partenariats internationaux avec la Belgique, la France, le Maroc, le Sénégal, la Suisse et le Canada. Parallèlement, Jean-Pierre Lihau entend corriger la disparité géographique des effectifs.

Bien que le pays compte environ 17 fonctionnaires pour 1 000 habitants, contre une moyenne internationale de 50 pour 1 000, le personnel reste massivement concentré à Kinshasa au détriment des provinces, créant des déserts administratifs dans des secteurs essentiels comme la santé et la justice.

Sur le plan de la discipline et de la gouvernance, le cadre juridique interdit dorénavant toute affectation sans statut préalable ou en dehors des vacances de postes déclarées lors des conférences des effectifs.

Face aux récalcitrants, le ministre fait preuve de fermeté en annonçant la révocation de trois secrétaires généraux ainsi que de seize directeurs et chefs de division impliqués dans des recrutements frauduleux.

Enfin, pour résoudre les difficultés liées à la paie des agents dans les zones reculées comme le Maï-Ndombe, le ministère prépare une réévaluation du système de bancarisation en s’appuyant sur le renforcement de la CADECO et le développement du paiement par téléphonie mobile.

C. K. L.

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