À peine installée à la tête de l’université de sciences de l’information et de la communication, (UNISIC)ex Ifasic, la professeure Espérance Bayedila pose un acte qui suscite une vive controverse au sein de la communauté académique. Par une décision unilatérale, la nouvelle rectrice a procédé au retrait de toutes les décisions d’engagement du personnel scientifique (professeurs et assistants) ainsi que des agents administratifs prises entre 2022 et 2025 par son prédécesseur, le professeur Jean-Richard Kambayi Bwatshia.
Au total, 118 agents se retrouvent brutalement écartés.
Officiellement, la rectrice justifie sa décision par une prétendue violation des dispositions légales en vigueur. Pourtant, aucune preuve tangible n’a été rendue publique pour étayer ces accusations. Plusieurs sources internes à l’université affirment, au contraire, que les nominations opérées par le professeur Kambayi n’ont enfreint aucune disposition légale ou réglementaire, et qu’elles avaient suivi les procédures académiques requises.
Une décision lourde de conséquences pour l’enseignement
Cette mesure radicale intervient dans un contexte déjà fragile pour l’enseignement supérieur. Le retrait massif de professeurs, d’assistants et d’agents administratifs risque de perturber gravement le déroulement des cours, la supervision académique et le fonctionnement global de l’institution. Étudiants, chefs de départements et membres du personnel s’inquiètent d’un vide administratif et pédagogique difficile à combler à court terme.
Beaucoup s’interrogent : comment une intellectuelle, attendue comme porteuse d’un management apaisé et rassembleur, peut-elle devenir un facteur de tension et d’instabilité institutionnelle ?
L’acte posé donne l’impression d’une rupture brutale, davantage marquée par des considérations personnelles que par une vision stratégique de gouvernance universitaire.
Règlement de comptes ou réforme déguisée ?
Plusieurs observateurs évoquent un règlement de comptes hérité des tensions passées. Certains scientifiques aujourd’hui proches de la nouvelle rectrice auraient, par le passé, été mis à l’écart soit par l’ancien recteur pour des raisons de gouvernance, soit pour manquements graves, comme cela avait été le cas sous le rectorat du professeur Kambayi. La décision actuelle apparaît, aux yeux de nombreux acteurs, comme une vengeance institutionnelle visant à réinstaller des proches au détriment de la stabilité académique.
D’où une question insistante : la rectrice cherche-t-elle à remplacer les agents révoqués par ses connaissances personnelles et réseaux d’influence ? Si tel est le cas, l’université risquerait de s’éloigner dangereusement des principes de mérite, de transparence et d’équité qui fondent l’enseignement supérieur.
Silence du ministère et soupçons de conflit d’intérêts
Autre zone d’ombre : le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU) ainsi que son secrétariat général ont-ils été officiellement saisis avant la prise de cette décision ? À ce jour, aucune communication claire ne permet de l’affirmer.
Ce flou alimente davantage les suspicions, d’autant plus que la professeure Bayedila a été conseillère en communication du ministre de l’ESU avant sa nomination comme rectrice. Cette proximité passée expliquerait-elle la sérénité avec laquelle une décision aussi lourde est prise, sans crainte
apparente de contrôle ou de sanction ?
Un appel à la responsabilité
L’université n’est ni un champ de bataille politique ni un espace de règlements de comptes personnels. Elle est avant tout un lieu de savoir, de transmission et de stabilité intellectuelle. Toute réforme, aussi nécessaire soit-elle, doit être menée dans le respect des textes, mais aussi dans l’intérêt supérieur des étudiants et de la communauté scientifique.
Face à l’ampleur de cette crise, un réexamen urgent et impartial de la décision s’impose, afin d’éviter que l’université ne devienne, une fois de plus, la victime de luttes d’influence au détriment de sa mission fondamentale.
Joël Ekutshu
