Les accords sont signés. La pression monte à New York. Mais sur le terrain à l’Est, rien ne bouge.Le monde parle de paix, Kigali tarde à agir. C’est le constat brutal qui ressort de la 81ème Assemblée générale de l’ONU à New York : malgré les appels pressants de Washington et de l’Union Africaine, le Rwanda ne montre aucun signe de retrait de l’Est de la RDC.
Washington sort le bâton : « une conformité pleine et vérifiable »
Le message américain est clair et musclé. Le 24 septembre, devant le Sénat US, Nicholas Checker, le futur ambassadeur américain au Rwanda désigné par Donald Trump, a mis les pieds dans le plat. Pour lui, les Accords de Washington ne valent rien sans application sur le terrain.Il exige une conformité « pleine et vérifiable » de toutes les parties et prévient : s’il est confirmé, il va pousser Kigali à respecter ses engagements et à cesser ses actions déstabilisatrices dans l’Est.
Le Président de l’UA claque la porte : « si on veut vraiment la paix… »Même son de cloche du côté de l’Afrique. Évariste Ndayishimiye, président du Burundi et président en exercice de l’Union Africaine, a lâché une phrase qui fait trembler Kigali sur France 24.Pour lui, sans désengagement, pas de cessez-le-feu possible :« Si réellement on voudrait la paix au Congo, le Rwanda devrait se montrer positif par rapport au désengagement »Il martèle : il faut d’abord séparer les forces sur le terrain, avant de parler de paix durable.
Kinshasa vs Kigali : le dialogue de sourds continue
Et c’est là que tout bloque. Plus d’un an après la signature, chaque camp a sa propre lecture de l’accord.Kinshasa dit : Nous avons commencé le désarmement et le cantonnement des FDLR. Cet argument ne peut plus justifier la présence de troupes rwandaises chez nous. C’est ce qu’a affirmé Judith Suminwa à la tribune de l’ONU.
Kigali répond : Non, la menace FDLR est toujours là. Et c’est notre sécurité qui est en jeu.Résultat : les mécanismes de vérification discutés en août avec les USA, le Qatar, le Togo et l’UA tournent à vide.
Le vrai défi : passer du papier au terrain
Nicholas Checker l’a bien compris : signer c’est facile, appliquer c’est une autre guerre. Il veut garder une bonne relation avec Kigali, mais pas à n’importe quel prix.Le fossé est immense entre les belles promesses diplomatiques de New York et la réalité des armes à l’Est.
Tant que Kigali ne passe pas aux actes, les Accords de Washington resteront lettre morte.
Charlotte MUKANGA
