Un phénomène troublant qui se répète
À Tshilomba, dans la province de Lomami, un phénomène pour le moins déroutant se reproduit, selon plusieurs témoignages, chaque année à l’occasion du Vendredi saint. La sœur Joséphine Sulu, religieuse de la congrégation Notre-Dame de Grâce, affirme revivre la Passion du Christ.
Des fidèles rapportent qu’elle présenterait des saignements au niveau de la tête, des mains et des pieds, rappelant les stigmates associés à la crucifixion de Jésus-Christ. Ces scènes, décrites comme impressionnantes, se dérouleraient dans un cadre restreint, généralement dans sa chambre, en présence de témoins.
Entre foi et scepticisme
Comme souvent face à ce type de phénomène, les réactions sont partagées. Certains croyants y voient un signe divin, une manifestation spirituelle exceptionnelle. D’autres, en revanche, appellent à la prudence, évoquant un phénomène qui mérite des vérifications scientifiques et médicales rigoureuses.
À ce jour, aucune étude officielle n’a été rendue publique pour confirmer ou infirmer ces faits. Ce flou alimente davantage les spéculations et renforce l’intérêt autour de cette affaire.
Le silence de l’Église en question
Mais au-delà du phénomène lui-même, c’est surtout l’absence de réaction des autorités catholiques qui suscite l’incompréhension. Ni le Saint-Siège, ni les responsables de l’Église catholique à Kinshasa n’ont, jusqu’à présent, communiqué officiellement sur cette situation.
Ce silence est d’autant plus interpellant que les faits ne sont pas isolés : ils se répètent depuis plusieurs années. Dans un contexte où l’Église a historiquement pris position sur des phénomènes jugés extraordinaires, cette absence de réaction soulève une question centrale : qu’attend l’institution pour ouvrir une enquête canonique ?
Traditionnellement, l’Église catholique met en place des commissions d’experts médecins, théologiens, scientifiques afin d’évaluer la nature de tels événements. L’objectif est de distinguer le miracle de l’explicable, le spirituel du psychosomatique.
Le précédent Anuarite : quand l’Église enquête et agit
L’histoire religieuse de la République démocratique du Congo offre pourtant un précédent marquant. Celui de Anuarite Nengapeta, jeune religieuse devenue une figure emblématique de foi et de résistance.
En 1964, après avoir consacré sa vie à Dieu et fait vœu de chasteté, elle fut contrainte par un officier rebelle à céder à ses avances. Refusant fermement, elle fut poignardée à mort. Son histoire, tragique et marquante, suscita une vive émotion.
Après son enterrement, des récits évoquant des phénomènes inhabituels autour de sa tombe ont circulé, poussant l’Église à diligenter des enquêtes approfondies. Ce processus rigoureux aboutira à la reconnaissance de son martyre.
Des années plus tard, le pape Jean-Paul II se rendra en RDC pour procéder à sa béatification, reconnaissant officiellement la dimension spirituelle de son sacrifice et renforçant son statut de modèle de foi.
Pourquoi pas Tshilomba ?
Comparé à ce précédent, le cas de Tshilomba semble aujourd’hui laissé dans l’ombre. Pourtant, les interrogations sont nombreuses, et l’intérêt des fidèles ne cesse de croître.
Joël Ekutshu
