La prison centrale de Kangbayi, située à Beni dans le Nord-Kivu, fait face à une crise humanitaire critique où la vie de plus de 2 300 pensionnaires est directement menacée par une pénurie alimentaire sévère. Conçu à l’origine pour accueillir seulement 250 personnes, cet établissement carcéral accuse un surpeuplement extrême qui aggrave la détérioration des conditions sanitaires et de détention.
Selon les alertes émises par la société civile locale, les personnes incarcérées sont privées de nourriture depuis au moins neuf jours. Cette rupture dramatique d’approvisionnement, bien que nuancée quant à sa durée exacte par la direction de la prison qui reconnaît néanmoins de graves difficultés logistiques, constitue une violation flagrante des garanties constitutionnelles relatives au droit à la santé et à la sécurité alimentaire des détenus.
Sur le terrain, la sonnette d’alarme tirée par la coordination urbaine de la société civile de Beni décrit une situation au bord de l’hécatombe. Avec un effectif réel de 2 358 détenus pour une capacité initiale dix fois inférieure, le niveau de surpopulation étouffe l’établissement et rend toute prise en charge médicale ou hygiénique quasi impossible. L’absence de ration alimentaire quotidienne pousse les prisonniers dans une détresse physique extrême, au mépris de l’article 47 de la Constitution qui sacralise le droit à la santé et à la sécurité alimentaire pour tous les citoyens, quel que soit leur statut judiciaire.
Face à ce constat critique, les acteurs civiques avertissent que sans une intervention humanitaire et logistique d’urgence, des pertes en vies humaines à grand nombre sont inévitables dans les prochains jours.
Face à cette détérioration rapide des conditions carcérales dans l’arrière-pays, les autorités cherchent des réponses structurelles. Une initiative conjointe entre le ministère de la Justice et le Service national vise à jeter les bases d’une collaboration nationale pour la réinsertion des détenus et l’amélioration du cadre pénitentiaire.
Le gouvernement envisage notamment d’élaborer une feuille de route permettant de mobiliser les capacités du Service national sur l’ensemble du territoire pour assainir, réhabiliter et désengorger les établissements pénitentiaires. Toutefois, face à l’urgence vitale qui prévaut à la prison de Kangbayi, la réponse institutionnelle devra s’articuler avec des mesures de secours immédiates pour enrayer la famine avant que le bilan humain ne s’alourdisse.
C. K. L.
