À Mokali, dans la commune de Kimbanseke, l’érosion hydrique progresse à vue d’œil, menaçant habitations et vies humaines. ce lundi 23 Mars dans le cadre de ses vacances parlementaires, le président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa, Lévi Mbuta, a effectué une descente sur la route Mokali ainsi qu’au quartier Sakombi, où les ravins gagnent du terrain. Devant la population, il a reconnu un « danger imminent » nécessitant des » interventions urgentes « .
Mais sur le terrain, ce déplacement est loin de susciter l’enthousiasme. Pour de nombreux habitants, cette descente ressemble davantage à une opération de communication qu’à une véritable réponse politique aux urgences d’une commune laissée à l’abandon.
Une confiance électorale aujourd’hui ébranlée
Le 20 décembre 2023 , les électeurs de Kimbanseke avaient massivement porté Lévi Mbuta à l’Assemblée provinciale, faisant de lui le deuxième meilleur élu de la commune. Quelques mois plus tard, son élection à la tête de l’Assemblée provinciale avait été célébrée comme une victoire collective : pour la première fois, l’institution provinciale serait dirigée par un fils de Kimbanseke.
L’espoir était immense. La population s’attendait à voir sa commune bénéficier d’un lobbying accru, d’un plaidoyer énergique et d’un positionnement stratégique au sein des instances provinciales.
Aujourd’hui, l’enthousiasme a laissé place à la désillusion.
Président de l’Assemblée, mais contesté dans sa circonscription
Au-delà de son statut de président de l’organe délibérant provincial, Lévi Mbuta est avant tout un élu de Kimbanseke. Or, dans sa propre base électorale, la contestation gronde.
Sa ligne de défense consistant à rappeler qu’il dirige un organe délibérant et non exécutif est perçue par une partie de la population comme une esquive. » Être organe délibérant ne signifie pas être muet ni impuissant « , rétorquent des acteurs locaux, qui estiment qu’il dispose d’un pouvoir d’influence et d’interpellation suffisant pour porter les revendications de sa commune.
Dans une province où le lobbying politique conditionne souvent l’orientation des projets, le silence ou la discrétion stratégique s’apparentent, pour ses détracteurs, à un abandon.
Kimbanseke : la commune la plus peuplée, la plus négligée ?
Commune la plus peuplée de Kinshasa et quatrième en superficie, Kimbanseke cumule les urgences :
Insécurité grandissante;
Pénurie d’eau potable;
Manque criant d’électricité;
Absence d’espaces de loisirs pour les jeunes;
Infrastructures routières quasi inexistantes;
Politique d’encadrement de la jeunesse inefficace.
À cela s’ajoute la promesse du gouverneur Daniel Bumba de construire 100 kilomètres de routes en béton à Kimbanseke. À ce jour, selon des sources locales, pas un mètre n’aurait encore été réalisé.
La route Mokali dans son tronçon Pascal- kibunda , axe stratégique desservant plus de 30 quartiers et facilitant l’accès au grand boulevard, est devenue presque impraticable. L’érosion y aggrave chaque jour les difficultés de mobilité.
Cinq députés provinciaux, mais quel plaidoyer ?
Kimbanseke compte cinq députés provinciaux. Pourtant, les résultats concrets tardent à se matérialiser. De nombreuses voix accusent ces élus de privilégier leurs intérêts personnels au détriment d’un plaidoyer collectif et structuré pour la commune.
La loi sur les Entités Territoriales Décentralisées (ETD) est pourtant claire : les provinces disposent d’un budget et de compétences propres. Tout renvoyer systématiquement au gouvernement central relève, selon des analystes locaux, d’une déresponsabilisation politique.
Les élus provinciaux, en particulier ceux issus d’une commune aussi stratégique que Kimbanseke, sont attendus sur leur capacité à défendre les intérêts de leurs administrés auprès du gouvernement provincial.
Une descente sans effet concret ?
La visite de Lévi Mbuta à Mokali aura au moins permis de constater l’ampleur du désastre. Mais pour une population confrontée quotidiennement aux menaces d’effondrement, aux routes défoncées et à l’absence de services de base, les déclarations ne suffisent plus.
À Kimbanseke, le débat dépasse désormais la seule question de l’érosion de Sakombi plus précisément à l’arrêt Pharmacie où l’avenue révolution est coupée en deux. Il porte sur la redevabilité politique, la capacité de plaidoyer et la fidélité aux engagements pris devant les électeurs.
Lévi Mbuta, président de l’Assemblée provinciale, reste un symbole fort pour sa commune. Mais pour une partie croissante de la population, le symbole ne remplace pas l’action. Et à l’heure où Mokali s’effrite, c’est toute la crédibilité politique de ses élus qui semble vaciller.
Joël Ekutshu
