Le ministre de la Santé Publique, Hygiène et Prévoyance Sociale, Dr. Roger Samuel Kamba Mulamba, a levé le voile sur les dérives qui gangrènent la riposte contre l’épidémie dans l’Est du pays, pointant du doigt les tentatives de fraude, le phénomène des agents fictifs et le décalage flagrant entre les annonces de financements internationaux et la réalité des ressources sur le terrain.
Intervenant ce mardi 18 août lors du briefing presse conjoint, le patron de la Santé a affirmé la volonté du gouvernement de passer à l’offensive pour mettre un terme définitif à l’anarchie financière et administrative.
Pour contrer ce phénomène d’« Ebola business », l’État a pris la décision radicale de reprendre en main le paiement direct de tous les intervenants, écartant les circuits parallèles des partenaires. C’est dans ce cadre qu’une opération d’enregistrement biométrique a été déployée.
La vérification des listes d’émargement a rapidement révélé des anomalies flagrantes et la présence de nombreux agents fictifs venus gonfler artificiellement les effectifs pour capter les primes. « Ce n’est pas un problème d’argent, il y a beaucoup de manipulations et de tricheries sur place », a martelé le ministre, illustrant son propos par l’exemple d’un site où, sur 240 personnes déclarées, seules 40 ont pu être physiquement identifiées et enregistrées.
Afin d’assainir la situation et de garantir une justice salariale, le ministère a harmonisé la grille d’indemnisation.
Désormais, un barème unique s’applique par catégorie professionnelle : tous les médecins de la zone reçoivent la prime Ebola complémentaire, tandis que la rémunération des relais communautaires a été fixée à 150 dollars américains, loin des montants dérisoires d’un dollar par jour parfois versés par certains intervenants.
Au-delà de la gestion interne, le ministre a vivement interrogé la destination réelle des centaines de millions de dollars annoncés à grand renfort de communication par les bailleurs internationaux. Entre les 240 millions promis par les États-Unis et d’autres enveloppes globales évoquées, le gouvernement déplore un cruel manque de traçabilité.
Une grande partie de ces fonds est canalisée directement vers des ONG privées sans passer par les caisses de l’État ni alimenter le système de santé public, dont les besoins en médicaments pour couvrir la zone sont évalués à près de 30 millions de dollars par an.
Exigeant des comptes et la présentation de budgets unifiés, les autorités réaffirment leur volonté de soumettre l’ensemble des partenaires à une coordination unique et transparente pour que chaque dollar engagé serve réellement à stopper la progression du virus.
CKK
