Enfants de la rue à Kinshasa : quel avenir pour eux ?

De fois, les gens les surnomment, Shégués, Kuluna, Bana balabala,…mais, ils ont le sang des congolais dans leur veine.

À 22h sous le pont Matete, à Limete, aux marchés Central, Gambela, Bitabe, à Victoire, Gombe, ils dorment dans des cartons. Ils ont 8 ans, 12 ans, 16 ans. Ils fument du chanvre pour oublier la faim, ils volent pour manger. Et le matin, Kinshasa fait comme si elle ne les voyait pas. Un constat fait par les reporters de CongoMarketNews.com, ce mardi 29 Septembre 2026.

Kinshasa : capitale de 17 millions d’habitants et de 25.000 enfants sans toit

Les chiffres donnent le vertige. Selon l’UNICEF 2024, entre 15.000 et 25.000 enfants vivent dans la rue à Kinshasa. D’autres études montent jusqu’à 30.000 à 50.000. 70% sont des garçons. 80% viennent de familles extrêmement pauvres.Et ce ne sont pas des statistiques. Ce sont des vies.

Héritier Bololo, 12 ans, raconte son histoire malheureuse : « Quand mes parents sont décédés, je n’avais plus rien à faire. Je me suis dit si je croise les bras, ce sera compliqué parce que j’ai de petits frères qui comptent sur moi. Nous vivons que de la mendicité parce que sans cela, nous n’allons pas manger. »

Pourquoi finissent-ils dans la rue?

Les 3 poisons: Premièrement, la sorcellerie, l’excuse qui tue : 30% des enfants sont chassés parce qu’on les accuse d’être sorciers. Un enfant malade, turbulent, orphelin égal « Ndoki (Sorcier) ». C’est la justification culturelle qui cache la misère.

« Un enfant est perçu comme ensorcelé et devient un fardeau que la famille préfère chasser », explique le sociologue, Jean-Claude Lumbala.

La deuxième hypothèse, la pauvreté qui broie : Quand il n’y a rien à manger à la maison, la rue devient le dernier recours. Et enfin, la violence familiale : Coups, négligence, second mariage, décès des parents. Une fois dans la rue : violence, drogue, prostitution, exploitation par des adultes, aucune école, aucun soin.

Quel avenir?

Il y a deux à Kinshasa possibles

Le scénario de l’enfer : Sans intervention, le Shégué d’aujourd’hui devient le Kuluna de demain. Délinquance, prison, mort précoce. Un cycle sans fin. « Dans la rue, je passais la nuit dans des cartons, et tous les jours, on finissait par fumer du cannabis », raconte Junior, ancien enfant de la rue.

Le scénario de l’espoir

OSEPER à Limete, leur apprend la menuiserie, la boulangerie pour leur donner une vraie vie. Karibu Kinshasa, créé par Olivier Chazy en 2004, a déjà remis 1.461 enfants dans leurs familles avec un taux de rechute de moins de 3%! Preuve qu’il est possible de s’en sortir durablement. La Voix de la Rue, plaide pour une protection globale : « Le problème n’est pas seulement un problème de rue. C’est un problème de famille, de pauvreté, d’humanité ».Comme le dit l’éducateur John Mboma : « Un jeune qui vivait de mendicité et de vol, et qui commence à gagner sa vie, qui quitte la rue, trouve un travail, une maison… C’est un bonheur immense. »

La solution n’est pas de les chasser, mais de sauver la famille

L’État doit arrêter de fermer les yeux. Il faut : des campagnes massives contre l’accusation de sorcellerie; Soutenir les familles vulnérables avant la rupture ; Plus de centres d’accueil et de formation, pas 3 seulement pour 17 millions d’habitants. Punir les parents qui abandonnent, mais surtout aider ceux qui n’en peuvent plus.Comme l’a dit Josepha Kaketa de La Voix de la Rue : « Avant de vouloir changer leur comportement, il faut d’abord leur montrer qu’ils ont de la valeur ».

Alors, continuer à les appeler Shégués ou commencer à les appeler « nos enfants »?

Charlotte MUKANGA

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