Une retraite sans droits : origine d’un drame social
La crise actuelle qui secoue la Société congolaise de poste et télécommunications (SCTP), ex-OCPT, trouve ses racines à la fin des années 1990. En 1999, en pleine tourmente financière, l’entreprise publique décide de mettre à la retraite près de 219 agents, qualifiés de « partants volontaires « .
Mais contre toute attente, ces derniers ne percevront jamais leurs indemnités de départ ni leurs pensions. Pire encore, la direction de l’époque leur annonce son incapacité à honorer ses engagements financiers. Privés de revenus, ces agents et leurs familles sombrent dans une précarité extrême.
Une relocalisation forcée dans des sites abandonnés
Face à leur situation, certains retraités décident de s’installer dans les installations de la Poste sur le boulevard du 30 Juin, en plein centre de Kinshasa. Une décision qui pousse la direction générale à intervenir.
Plutôt que de régler leurs droits, l’entreprise choisit de les redéployer vers des sites abandonnés, notamment le centre internat de formation de la SCTP, situé à proximité de l’IFASIC et des installations de PSTV.
Ces espaces, laissés à l’abandon depuis les pillages de 1991 et 1993, étaient dans un état de délabrement avancé : absence de toitures, de portes, de fenêtres, d’électricité et d’installations sanitaires.
Des familles contraintes de réhabiliter sans moyens
Malgré leur situation financière critique, une vingtaine de familles acceptent d’occuper ces lieux, sur instruction de la hiérarchie. Elles reçoivent même l’ordre de réhabiliter les bâtiments sous peine de perdre leur droit d’occupation.
Sans ressources, ces familles contractent des dettes à intérêts élevés pour rendre les lieux habitables. Pendant plus de deux décennies, elles assurent également la sécurisation du site, empêchant notamment son occupation par des éléments incontrôlés, dont certains militaires surnommés à l’époque « Kadogo « .
27 ans après : précarité, décès et menaces d’expulsion
Aujourd’hui, après 27 ans de présence et de gardiennage, le bilan est dramatique. Sur les 20 familles initiales, 14 agents sont décédés, soit près de 65 %, emportés sans avoir bénéficié de leurs droits.
Les survivants, vieillissants et vulnérables, vivent désormais sous la menace d’une expulsion brutale. Selon leurs témoignages, des individus accompagnés d’hommes en tenue militaire et armés tenteraient de les déloger au profit d’un supposé acquéreur du site.
Des revendications légitimes ignorées
Dans un mémorandum adressé notamment au sénateur Laurent Lekeme, ces familles rappellent que leur présence sur le site n’est ni une occupation illégale ni un acte d’envahissement, mais bien une décision encadrée par l’ancienne direction de l’OCPT.
Elles réclament aujourd’hui :
Le paiement du gardiennage assuré pendant toutes ces années;
Le remboursement des dépenses engagées pour la réhabilitation (impenses);
Des dommages et intérêts pour le préjudice subi.
Ces compensations, expliquent-elles, leur permettraient d’acquérir des parcelles et d’assurer un avenir digne à leurs familles.
Un appel pressant aux plus hautes autorités
Face à cette situation alarmante, ces familles en détresse lancent un appel solennel au Président de la République, ainsi qu’au gouvernement, pour une intervention urgente.
Elles sollicitent également l’implication de la Première Dame, Denise Nyakeru Tshisekedi, reconnue pour son engagement social à travers sa fondation, afin de porter leur cause et mettre fin à ce qu’elles qualifient d’injustice prolongée.
Une question de justice et de responsabilité de l’État
Ce dossier met en lumière une problématique plus large : celle de la gestion des retraités des entreprises publiques en République démocratique du Congo.
Comment comprendre que des agents ayant servi l’État, accepté des conditions difficiles, protégé et réhabilité un patrimoine public pendant près de trois décennies, soient aujourd’hui abandonnés et menacés d’expulsion ?
Au-delà d’un simple litige foncier, il s’agit d’un véritable enjeu de justice sociale, de reconnaissance et de responsabilité étatique.
Il est encore temps d’agir
Les autorités compétentes sont aujourd’hui face à leurs responsabilités. Ignorer ce dossier reviendrait à cautionner une injustice historique.
Une solution durable et équitable doit être trouvée de toute urgence, non seulement pour rendre justice à ces familles, mais aussi pour restaurer la confiance des citoyens envers les institutions publiques.
Car derrière ces chiffres et ces années de souffrance, ce sont des vies humaines, des familles entières, qui continuent de payer le prix d’une crise qu’elles n’ont jamais provoquée.
Joël Ekutshu
