En pleine Coupe d’Afrique des Nations, moment sacré pour le football africain, la Confédération Africaine de Football (CAF) a choisi d’annoncer des décisions lourdes de conséquences sans consultation réelle des fédérations membres.
Le passage envisagé de la CAN d’un cycle biennal à un cycle quadriennal, combiné à la suppression du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN), révèle une gouvernance déconnectée des réalités du continent.
Ces annonces, faites sans consensus et sans débat public structuré, traduisent une gestion impériale où les décisions descendent d’en haut, au mépris des acteurs locaux, des joueurs et des peuples africains passionnés de football.
La suppression du CHAN : un génocide des talents locaux africains
Supprimer le CHAN, c’est commettre un véritable génocide sportif contre les talents locaux africains. Cette compétition était l’unique vitrine continentale pour des milliers de joueurs évoluant dans des championnats locaux fragilisés, dépourvus de structures de scouting et de managers professionnels.
Le CHAN permettait :
de révéler des talents ignorés par les circuits européens,
de valoriser les championnats nationaux, d’offrir des opportunités concrètes de carrière à des jeunes livrés à eux-mêmes.
Dans un contexte de carence criante de managers de joueurs africains, le CHAN jouait un rôle de passerelle vitale. Le supprimer sous prétexte de non-rentabilité financière revient à tuer l’espoir à la racine, au profit d’une logique purement comptable.
Une Ligue des Nations africaine : un copier-coller sans âme
En lieu et place du CHAN, la CAF propose une Ligue des Nations africaines, calquée presque mot pour mot sur le modèle européen. Ce projet n’est ni innovant ni adapté aux réalités africaines.
L’Afrique n’a pas besoin d’imiter l’Europe pour exister. Elle a besoin de créer, d’inventer, de raconter sa propre histoire. Copier la Ligue des Nations européennes sans tenir compte :
des distances,
des infrastructures inégales,
des réalités économiques des fédérations, c’est plaquer un modèle étranger sur un continent aux défis spécifiques.
Et si l’Afrique osait ses propres compétitions ?
Au lieu d’une Ligue des Nations sans identité, pourquoi ne pas créer la Coupe des Héros Africains ?
Chaque édition porterait le nom d’un héros du continent :
Édition Thomas Sankara
Édition Patrice Lumumba
Édition Kwame Nkrumah
Édition Magufulu, etc.
La finale se jouerait dans le pays du héros honoré. Une telle compétition :
transmettrait l’histoire africaine aux jeunes générations,
renforcerait l’identité panafricaine,
lierait sport, mémoire et dignité.
Le football africain a besoin de sens, pas de simples produits marketing.
CAN à 4 ans : un frein au développement des infrastructures
Ramener la CAN à un cycle de 4 ans, c’est décourager les nations africaines les plus fragiles en matière d’infrastructures sportives.
La CAN tous les deux ans créait une saine concurrence :
pour moderniser les stades,
améliorer les routes, les aéroports, les hôtels,
professionnaliser les fédérations.
À 4 ans, l’élan s’essouffle. Les pays sans politique sportive forte perdront toute motivation à investir. Ce choix profite essentiellement aux nations déjà équipées et aux intérêts extérieurs, pas au développement équilibré du continent.
Une gestion impériale dénoncée :
l’exemple de la CAN au Maroc
La dernière CAN organisée au Maroc a mis en lumière des irrégularités graves. Derrière des infrastructures irréprochables se cachait une injustice à ciel ouvert :
décisions arbitrales controversées,
sanctions sévères infligées à certaines équipes,
sentiment d’un traitement inéquitable entre nations.
Ces faits renforcent l’idée d’une CAF dirigée sans contre-pouvoirs, où la transparence et l’équité sportive sont reléguées au second plan.
Motsepe : réformateur ou relais des intérêts occidentaux ?
Depuis son arrivée à la tête de la CAF, Patrice Motsepe n’a apporté aucune réforme structurelle bénéfique aux championnats locaux africains. Son discours est dominé par la rentabilité, les partenariats et le business, au détriment de l’âme du football africain.
Son alignement manifeste avec les orientations de la FIFA et sa proximité avec Gianni Infantino posent une question légitime :
défend-il réellement les intérêts de l’Afrique ou ceux d’un système mondial qui exploite ses ressources humaines ?
Un crime contre le football africain : l’urgence d’une révolution fédérale
Les réformes menées par Patrice Motsepe au sein de la CAF constituent un crime contre le football africain. Elles détruisent les acquis, étouffent les talents locaux et imposent un management impérial déconnecté des réalités du continent.
L’Afrique mérite mieux.
Elle mérite des dirigeants courageux, visionnaires, enracinés dans ses valeurs.
Il est temps pour les fédérations africaines de se lever, de reprendre leur souveraineté et de bannir une gouvernance qui sacrifie l’avenir du football africain sur l’autel du business mondial.
Joël Ekutshu
