Depuis quelques jours, une partie de l’opinion congolaise, relayée notamment par certains acteurs de l’opposition, multiplie les comparaisons entre le Bénin et la République démocratique du Congo autour de la rapidité de formation du gouvernement après l’investiture présidentielle.L’argument paraît simple : » Au Bénin, le Président est investi le matin et son gouvernement est connu le soir. » Sous-entendu : la RDC serait incapable d’efficacité institutionnelle. Mais derrière cette comparaison séduisante se cache une méconnaissance profonde des réalités constitutionnelles des deux pays.
Deux pays, deux architectures institutionnelles
Le Bénin et la RDC ne fonctionnent pas sous le même modèle politique. Là où le Bénin a opté pour un régime présidentiel fortement rationalisé, accordant au Chef de l’État une large marge de manœuvre dans l’organisation du pouvoir exécutif, la RDC repose sur un système hybride fondé sur le partage du pouvoir. En République démocratique du Congo, le Président de la République ne gouverne pas seul. Le fonctionnement institutionnel implique le Gouvernement, la majorité parlementaire ainsi que le Premier ministre issu de cette majorité.Ce mécanisme exige des consultations politiques, des arbitrages, des équilibres régionaux et parfois même des compromis entre différentes sensibilités de la coalition au pouvoir. Autrement dit, ce que certains qualifient aujourd’hui de « lenteur » découle en réalité du fonctionnement même des institutions congolaises. Comparer Kinshasa à Cotonou sans tenir compte de cette différence fondamentale revient donc à opposer deux systèmes qui n’obéissent ni aux mêmes règles ni aux mêmes logiques de gouvernance.
La rapidité n’est pas toujours synonyme d’efficacité
Dans le débat public congolais, la fascination pour la rapidité administrative ou politique tend parfois à occulter une question essentielle : un gouvernement formé rapidement garantit-il automatiquement une meilleure gouvernance ? L’efficacité d’un État ne se mesure pas uniquement à la vitesse des nominations. Elle dépend aussi de la stabilité institutionnelle, de la cohésion politique, de la clarté des responsabilités et de la capacité des institutions à fonctionner durablement sans blocages. La RDC, en raison de son modèle institutionnel, privilégie un équilibre entre légitimité présidentielle et représentativité politique. Ce choix a certes un coût en temps, mais il répond également à la complexité d’un pays-continent marqué par une diversité politique, régionale et sociale sans équivalent dans la sous-région. Réduire le débat à une simple comparaison chronométrique entre deux investitures relève davantage du slogan politique que d’une analyse sérieuse des institutions.
Le vrai débat : quelle réforme pour la RDC ?
La polémique actuelle révèle finalement une contradiction dans le discours de certains critiques du système congolais. Beaucoup dénoncent les lenteurs institutionnelles, mais refusent simultanément d’ouvrir un débat de fond sur la nature même du régime politique congolais.Or, si l’objectif est réellement de gagner en efficacité, alors la question des réformes institutionnelles mérite d’être posée sans passion ni calcul politique.
Faut-il renforcer le présidentialisme ?
Clarifier davantage les responsabilités entre le Chef de l’État et le Gouvernement ? Réduire les zones de friction entre institutions ? Ces interrogations sont légitimes et méritent un débat national mature. Car au fond, le problème n’est pas que le Bénin soit rapide ou que la RDC soit lente. Le véritable enjeu est de savoir si les Congolais veulent continuer avec un système hybride souvent complexe, ou évoluer vers un modèle institutionnel plus cohérent avec les exigences modernes de gouvernance.
Avant de célébrer ailleurs ce que l’on critique chez soi, encore faut-il comprendre les règles du jeu de chaque État.
Joël Ekutshu
