Vingt-cinq ans se sont écoulés depuis l’assassinat du Président Laurent-Désiré Kabila, un événement tragique qui a profondément marqué l’histoire politique de la République démocratique du Congo (RDC). Malgré le temps écoulé et les procédures judiciaires engagées, de nombreuses zones d’ombre persistent autour de ce crime qui a bouleversé la nation.
Une journée ordinaire devenue fatale
Le mardi 16 janvier 2001, aux environs de 13 heures, Laurent-Désiré Kabila se trouve dans son bureau au Palais des Marbres, situé dans le quartier Ma Campagne, dans la commune de Ngaliema.
Selon plusieurs témoignages de proches, la matinée du Chef de l’État avait été consacrée à diverses audiences, notamment avec des hommes d’affaires et des responsables politiques.
Rien ne laissait présager le drame qui allait se produire quelques heures plus tard.
L’irruption du caporal Rashidi
Peu avant 14 heures, un jeune soldat de la garde républicaine, le caporal Rashidi Mizele Kasereka, se présente devant le bureau présidentiel et demande l’autorisation d’aller saluer le Chef de l’État. La garde lui permet d’entrer sans difficulté. Rashidi s’avance calmement vers Laurent-Désiré Kabila, alors en pleine conversation avec l’un de ses conseillers, sort son arme et ouvre le feu à bout portant.
Le Président mortellement touché
Atteint au cou et au bas-ventre, le Chef de l’État s’écroule. L’auteur des tirs tente aussitôt de prendre la fuite, mais il est rapidement abattu par Eddy Kapend, aide de camp du Président, aujourd’hui commandant de la 22ᵉ région militaire.
Laurent-Désiré Kabila est évacué en urgence vers la clinique Ngaliema pour y recevoir des soins.
Confusion et rumeurs à Kinshasa
Dans les heures qui suivent l’attentat, la capitale congolaise est plongée dans une profonde confusion. Les informations circulant sont contradictoires : certaines sources affirment que le Président est décédé, tandis que d’autres évoquent une blessure grave et une évacuation vers le Zimbabwe avec des membres de sa famille.
Les rues de Kinshasa se vident, la peur et l’incertitude gagnent la population.
L’annonce officielle de la mort
Ce n’est que le 18 janvier 2001 que le gouvernement congolais annoncera officiellement la mort du Président Laurent-Désiré Kabila, survenue au Zimbabwe, mettant fin aux spéculations et aux rumeurs.
Un procès controversé
En 2003, la Cour militaire condamne à mort une vingtaine de personnes impliquées dans cette affaire, parmi lesquelles Eddy Kapend, reconnu coupable de négligence dans la protection du Chef de l’État. Ces peines seront ensuite commuées en prison à vie.
Plusieurs années plus tard, Eddy Kapend bénéficiera d’une grâce présidentielle accordée par le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Des zones d’ombre toujours persistantes
Vingt-cinq ans après les faits, de nombreuses voix estiment que le procès n’a pas permis d’identifier les véritables commanditaires de l’assassinat. Pour une large frange de l’opinion publique, la vérité sur ce crime politique majeur reste incomplète.
Un héritage politique contrasté
Laurent-Désiré Kabila demeure une figure complexe de l’histoire congolaise. Il est celui qui a mis fin, en mai 1997, à 32 ans de dictature de Mobutu Sese Seko, ouvrant une nouvelle ère politique et suscitant un immense espoir au sein de la population.
L’alliance controversée avec le Rwanda
Toutefois, pour accéder au pouvoir, Laurent-Désiré Kabila s’était allié aux forces armées rwandaises, permettant leur entrée sur le territoire congolais. Une alliance stratégique qu’il rompra en 1998, face aux exigences croissantes de Kigali, déclenchant la deuxième guerre du Congo.
Une mémoire encore douloureuse
Un quart de siècle après son assassinat, Laurent-Désiré Kabila continue de diviser les Congolais. Héros pour certains, dirigeant autoritaire pour d’autres, il demeure au centre d’un débat historique majeur. Mais pour tous, son assassinat reste une blessure ouverte, et la quête de vérité demeure une exigence nationale.
Joël Ekutshu
