Santé: Pourquoi la pharmacie a choisi le serpent le plus venimeux comme emblème ?

Croix verte lumineuse avec une coupe dont le serpent enroulé. Le logo des pharmacies intrigue. Pourquoi associer l’art de soigner à un reptile symbole de danger ? Derrière ce dessin se cache une histoire de 3000 ans, entre mythes grecs et labos ultra-modernes.

Le mystère de la coupe d’hygie

Ce serpent qui plonge la tête dans une coupe porte un nom : la coupe d’Hygie. Hygie, c’est la déesse grecque de la santé et de l’hygiène. Le mot vient d’elle, fille d’Asclépios, dieu de la médecine. La coupe contient le remède. Le serpent s’y abreuve ou y dépose une substance. Poison ou remède ? Les deux, d’après les pharmaciens.

Trois raisons antiques d’aimer le serpent

Dans la Grèce antique, le serpent guérit. Dans les temples d’Asclépios à Epidaure, Pergame ou Kos, des couleuvres vivaient en liberté. Vénérées comme incarnation du dieu, elles participaient aux rituels du sommeil sacré pour accompagner les pèlerins malades. C’est le symbole de la renaissance. En muant chaque année, en abandonnant une vieille peau pour une neuve, le serpent donnait l’impression de rajeunir sans fin. Symbole parfait de la victoire de la vie contre la maladie.

Une histoire officielle, est que ce logo n’a pas toujours existé. En 1628, un jeton d’apothicaires parisiens montrait un palmier enlacé par un serpent entre des rochers : les trois règnes de la nature végétal, animal, minéral. La coupe au serpent apparaît seulement en 1796 sur un jeton de la Société libre des pharmaciens de Paris. Dépôt de marque en 1967 par l’Ordre national des pharmaciens.

Et ce serpent existe vraiment : la couleuvre d’Esculape, Zamenis longissimus. Inoffensive, arboricole, très docile, chasseuse de rongeurs des forêts d’Europe du Sud.

Quand le venin devient un médicament

Les Grecs disaient
« pharmakon » : un même mot pour poison et remède. Le venin illustre parfaitement ce paradoxe. Mortel dans la nature, précieux en laboratoire. Trois exemples actuels :

  • L’hypertension : le captopril, antihypertenseur célèbre, doit son existence à l’étude du venin de la vipère brésilienne Bothrops jararaca. Des chercheurs y ont trouvé des molécules qui régulent la pression artérielle.
  • Les caillots sanguins : eptifibatide et tirofiban, utilisés en cardiologie, empêchent l’agglutination des plaquettes. Leur conception s’inspire de molécules qui, dans le venin, perturbent la coagulation.
  • La douleur : les mambalgines, issues du venin du mamba noir, montrent un effet antidouleur puissant en laboratoire. La recherche continue.

Et la croix verte alors ?

Au XIXe siècle, tous les lieux de soins utilisaient la croix rouge. Puis les Conventions de Genève ont réservé ce symbole à la Croix-Rouge pour protéger le personnel humanitaire en temps de guerre. En France, la loi de 1913 interdit aux commerces de l’utiliser. Il a fallu trouver autre chose.

Pourquoi le vert ? Trois hypothèses :

  • La couleur des plantes médicinales, base des premiers remèdes
  • Les parements verts des uniformes de pharmaciens militaires sous le Premier Empire, pour se distinguer du rouge des médecins
  • Un choix ultra-pratique : la nuit, une croix lumineuse verte se voit de loin et se distingue de tout autre commerce

Ne plus confondre les serpents

Trois caducées, trois métiers :

  • La coupe d’Hygie, un serpent plus une coupe égale pharmacie
  • Le bâton d’Asclépios, un serpent plus un bâton égale médecins, infirmiers, OMS. Le bâton symbolise le chemin vers la guérison
  • Le caducée d’Hermès, deux serpents plus ailes égale à l’origine, le dieu des voyageurs et du commerce. Aucun lien avec la médecine. Son usage médical aux États-Unis depuis 1902 résulterait d’une confusion avec le bâton d’Asclépios

Charlotte MUKANGA

More From Author

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You May Also Like