C’était, peut-être, la réunion de la dernière chance, loin des tirs de l’Est. Alors que Kinshasa et Kigali s’accusent mutuellement et que les combats font rage sur le terrain, les militaires des deux pays ennemis se sont retrouvés face-à-face, non pas au front, mais en Allemagne. Du 20 au 22 octobre, à Garmisch, sous la pression des États-Unis, les planificateurs de la RDC et du Rwanda ont tenté de finaliser le fameux « ordre d’opérations ». Un document ultra-sensible qui doit enfin traduire l’accord de Washington en actes concrets sur le terrain. Cette rencontre s’est tenue dans le cadre du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité (JSCM), cette instance qui réunit militaires, espions et diplomates des deux camps, avec l’Union Africaine et le Qatar en arbitres.
Le deal : FDLR contre retrait rwandais
Le Bureau des affaires africaines du département d’État américain, qui a révélé mardi 27 octobre, la tenue de cette réunion ne cache pas l’enjeu. Il s’agit de finaliser le mode d’emploi de deux promesses explosives. Comme le rapporte la source américaine : « Les délégations ont respecté l’engagement pris lors de la sixième réunion du JSCM en août, en travaillant à la finalisation d’un projet d’ordre d’opérations en vue de son approbation. Cet ordre définira les modalités de la neutralisation des FDLR par la RDC, du désengagement des forces et de la levée des mesures défensives par le Rwanda. »
En clair : Kinshasa doit neutraliser les FDLR, le groupe armé que Kigali considère comme une menace existentielle. En échange, Kigali doit retirer ses troupes du sol congolais. Washington salue l’effort, remerciant au passage l’AFRICOM : « Nous saluons leur engagement constructif dans leurs efforts pour instaurer une paix durable et une prospérité partagée conformément aux accords de Washington »
Sur le papier, la paix avance ; sur le terrain, la guerre continue
La réalité est têtue. Plus d’un an après la signature des accords de Washington, rien n’a bougé au front. Pire, les interprétations divergent totalement. Kinshasa annonce avoir signé un protocole de désarmement, démobilisation et cantonnement des FDLR, pour, dit-elle, « lever le prétexte » de la présence rwandaise. Kigali, lui, conteste frontalement. Pour le Rwanda, l’accord ne parle pas de protocole, mais bien de neutralisation pure et simple des FDLR.
Pendant que les généraux négocient le plan de paix en Bavière, les hostilités se poursuivent dans le Nord-Kivu entre les FARDC et l’AFC/M23, désormais devenu le Front pour la refondation de la nation de Joseph Kabila, soutenu par Kigali selon l’ONU. Les accusations de violations de cessez-le-feu s’enchaînent. La méfiance est totale. Et pendant ce temps, les civils de l’Est continuent de payer le prix fort.
Charlotte MUKANGA
