Trois anciennes figures de premier plan du continent africain sont à Goma. Uhuru Kenyatta, ancien président du Kenya, Mokgweetsi Masisi, ancien président du Botswana, et Sahle-Work Zewde, ancienne présidente de l’Éthiopie, conduisent une mission du Panel des facilitateurs de l’Union africaine auprès de la haute hiérarchie de l’AFC/M23. Une démarche qui place une nouvelle fois Kinshasa au cœur d’un processus diplomatique particulièrement sensible pour la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République Démocratique du Congo.
Cette rencontre de haut niveau intervient alors que plusieurs initiatives diplomatiques cherchent à faire avancer le processus de paix dans l’Est de la RDC. Pour l’État congolais, l’enjeu dépasse toutefois le simple cadre d’une consultation avec les parties au conflit. Kinshasa doit notamment veiller à ce que les différentes démarches de médiation restent compatibles avec la défense de son territoire, de ses institutions et de son autorité souveraine.
La composition de la délégation africaine donne également une portée particulière à cette mission. La présence de trois anciens chefs d’État confère au Panel des facilitateurs un poids politique important dans ses échanges avec l’AFC/M23. Pour Kinshasa, cette implication de personnalités africaines de premier plan constitue à la fois une opportunité diplomatique et un point de vigilance, alors que la RDC cherche à faire respecter ses positions dans les différents processus de paix.
Au-delà de la rencontre de Goma, la question centrale reste celle de la place de l’État congolais dans les discussions sur l’avenir de l’Est du pays. Kinshasa défend la restauration de son autorité sur les zones affectées par le conflit, la protection des populations civiles et le respect de l’intégrité territoriale de la RDC. Toute démarche politique devra donc, pour les autorités congolaises, s’inscrire dans cette ligne rouge.
Cette mission de l’Union africaine intervient ainsi à un moment où la diplomatie congolaise est appelée à maintenir une position claire face à la multiplication des initiatives régionales et internationales. Pour Kinshasa, le défi consiste désormais à transformer les efforts de facilitation en avancées concrètes sur le terrain, sans que le dialogue politique ne conduise à marginaliser les prérogatives de l’État congolais.
La rencontre de Goma pourrait donc constituer une nouvelle étape dans la recherche d’une solution à la crise sécuritaire. Mais pour la RDC, la réussite de cette démarche se mesurera surtout à sa capacité à contribuer à une paix durable, à garantir la sécurité des populations et à permettre, à terme, la restauration effective de l’autorité de l’État dans l’Est du pays.
Mardochée MUNSI
