Le chantier de la RN5 ne serait-il pas seulement victime de la guerre, mais aussi d’un déplacement de ses moyens de reconstruction ? Alors que l’axe Bukavu–Uvira attend toujours sa modernisation complète, des informations rapportées font état de la présence au Rwanda de matériels qui auraient initialement été affectés aux travaux de cette route stratégique du Sud-Kivu.
Machines, tracteurs, camions et matériaux appartenant ou affectés au chantier de Sinohydro auraient été emportés après les pillages survenus lors de l’avancée de l’AFC-M23 dans la province. Ces équipements seraient aujourd’hui utilisés dans des travaux routiers sur l’axe Bugarama–Kamembe, dans le district de Rusizi, au Rwanda.
Le contraste interpelle : pendant que la RN5 peine à retrouver son rythme, des équipements destinés à son développement se retrouveraient de l’autre côté de la frontière. Si leur présence sur le chantier rwandais était confirmée, la question ne serait plus uniquement celle du pillage, mais aussi celle de la traçabilité des biens et de leur éventuelle récupération par leurs propriétaires ou les autorités congolaises.
La RN5 constitue pourtant une infrastructure majeure pour le Sud-Kivu. L’axe Bukavu–Nyangezi–Kamanyola–Uvira doit contribuer à améliorer la circulation des personnes et des marchandises dans une région où les infrastructures routières restent fortement sollicitées. Les perturbations sécuritaires ont cependant lourdement affecté l’exécution du projet et entraîné la suspension de certaines activités.
Cette situation pose désormais une série de questions auxquelles une clarification officielle permettrait de répondre : les équipements signalés au Rwanda sont-ils effectivement ceux du chantier de la RN5 ? Qui en assure aujourd’hui la garde et l’utilisation ? Ont-ils été identifiés après leur déplacement ? Et quelles démarches sont engagées pour leur récupération ?
Au-delà de la controverse, le dossier révèle surtout une difficulté plus profonde : comment reconstruire les infrastructures du Sud-Kivu lorsque les moyens matériels prévus pour cette reconstruction sont eux-mêmes exposés aux conséquences du conflit ? La réponse à cette question pourrait déterminer une partie de l’avenir du chantier Bukavu–Uvira, mais également celui de plusieurs projets d’infrastructures affectés par l’insécurité dans l’est de la RDC.
Mardochée MUNSI
