Suspendu pour propos anti-Tutsi, il revient par la petite porte comme porte-parole de l’armée. Le Rwanda parle de provocation « troublante et indécente ».C’est le come-back que personne n’avait vu venir. Et il met le feu entre Kinshasa et Kigali.Le général-major, Sylvain Ekenge est de retour comme porte-parole officiel des FARDC. La preuve ? C’est sa signature qui apparaît en bas du communiqué officiel sur le crash d’avion de Kenge, le 25 septembre 2026.
Aucune cérémonie, aucune annonce officielle. Juste un nom qui réapparaît, 9 mois après avoir été chassé pour dérapage.
Pourquoi il avait été suspendu ?
Le 27 décembre 2025, sur la RTNC, le général avait tenu des propos choc sur les femmes tutsi et les mariages mixtes, évoquant une prétendue stratégie de « suprématie démographique tutsi ».Tollé immédiat. Le 28 décembre, l’État-Major des FARDC l’avait suspendu, condamnant des propos stigmatisants qui ne reflétaient pas la position de l’armée. La RTNC avait même suspendu son directeur de l’info.On croyait l’affaire close. Or, on se trompait.
Kigali dégaine l’arme historique : la comparaison avec le génocide
À Kigali, la colère est noire. Le ministre des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, n’y va pas par quatre chemins : il qualifie ce retour de « troublante et indécente ».Et il frappe là où ça fait le plus mal. Pour Kigali, les propos d’Ekenge sont un copié-collé du premier des « Dix Commandements des Hutu », le texte haineux publié en 1990 dans le journal Kangura par Hassan Ngeze, condamné pour son rôle dans la propagande du génocide des Tutsi de 1994.Pour le chef de la diplomatie rwandaise, ce retour n’est pas un hasard : c’est la preuve que ce ne sont pas des dérapages isolés, mais bien une politique assumée par Kinshasa contre les Tutsi.
Ingérence ou vraie inquiétude ?
De quoi Kigali a-t-il peur ?C’est toute la question. Pourquoi Kigali réagit si fort à une nomination interne congolaise ?Kinshasa, de son côté, garde le silence. Aucun acte officiel n’a levé publiquement sa suspension. Ekenge est simplement revenu, comme si de rien n’était, par la signature d’un communiqué annonçant la mort de hauts gradés dans le crash de Kenge.
Kigali y voit une manœuvre pour minimiser l’affaire. Kinshasa, elle, devra expliquer pourquoi un officier suspendu pour discours de haine retrouve le micro le plus sensible de l’armée, en plein conflit à l’Est.
Une chose est sûre : à peine revenu, Sylvain Ekenge a déjà transformé une affaire interne congolaise en une nouvelle bombe diplomatique entre la RDC et le Rwanda.
Charlotte MUKANGA
