Lac Kivu : Une bombe énergétique de 65 milliards de m³ sous nos pieds. Va-t-on la transformer en or ou en catastrophe ?

Le lac Kivu ne dort pas. Il respire.

Au fond de ses eaux, à plus de 250 mètres de profondeur, sommeille un géant : plus de 65 milliards de mètres cubes de méthane. Une fortune énergétique capable d’éclairer l’Est de la RDC et le Rwanda pendant des décennies, de faire tourner des usines et de créer des milliers d’emplois. Sur le papier, c’est le rêve.

Dans la réalité, c’est un pari à haut risque. Car le lac Kivu n’est pas un simple réservoir de gaz. C’est une mère nourricière. Chaque jour, il nourrit des milliers de pêcheurs à Goma, Bukavu, Gisenyi et Cyangugu. Il fait vivre le transport, le petit commerce, les familles. Il est au cœur de l’histoire et de la vie des communautés riveraines. Il abrite un écosystème unique au monde.

On ne peut pas parler d’exploiter son gaz en fermant les yeux sur ce qu’il est déjà.Et aujourd’hui, ce lac qui donne tout, est déjà malade. Il suffit de marcher sur ses berges : plastiques, ordures ménagères, eaux usées déversées sans filtre. On veut extraire le méthane proprement en profondeur, mais on salit déjà la surface. C’est une contradiction que nous ne pouvons plus ignorer.Parler d’énergie durable tout en laissant le lac s’asphyxier par la pollution, c’est se mentir à soi-même.

Alors, qui doit agir ?

Les écologistes crient l’alerte depuis des années. Ils sensibilisent, ils dénoncent. Mais ils ne peuvent pas tout.

Le vrai match se joue à deux niveaux :

1. Du côté des États. Kinshasa et Kigali ont une responsabilité historique. Ils doivent imposer des règles claires : études environnementales sérieuses, transparence totale sur les contrats de gaz, et surtout, un contrôle indépendant. Pas un contrôle de façade.

2. Du côté des populations. Aucune décision ne doit se prendre sans les riverains. Ce sont eux qui vivront les conséquences d’une fuite, d’une pollution ou d’une mauvaise gestion.L’exploitation du méthane ne peut pas être un secret d’experts enfermés dans des bureaux. Les études scientifiques doivent être publiées. Les risques doivent être expliqués. Les bénéfices doivent être partagés.Ce n’est pas une affaire de chercheurs seulement, ni d’investisseurs seulement. C’est l’affaire de tous : médias, société civile, journalistes, leaders locaux. C’est ensemble que nous pourrons surveiller ce lac. Au final, le défi est immense mais simple : produire de l’énergie sans tuer la source.

Le méthane du Kivu peut être une bénédiction pour deux pays qui manquent cruellement d’électricité. Il peut aussi devenir une malédiction écologique si on le gère avec avidité et précipitation.Le lac Kivu est un patrimoine commun. Un héritage fragile. Nous n’en sommes pas les propriétaires, nous en sommes les gardiens.La question n’est donc plus :

« Faut-il exploiter le méthane ? »

La vraie question est : « Sommes-nous capables de l’exploiter sans trahir le lac et les générations futures ? »Exploiter, oui. Mais protéger d’abord.

Charlotte MUKANGA

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