4 janvier 1959 : le jour où la rue congolaise a imposé son rendez-vous avec l’histoire

Chaque 4 janvier, la République démocratique du Congo se replonge dans l’un des épisodes les plus déterminants de son parcours vers la souveraineté. En 1959, Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa, devient le théâtre d’un soulèvement populaire inédit contre l’ordre colonial belge. Ce mouvement, né d’une frustration politique profonde, est désormais commémoré comme la Journée des martyrs de l’indépendance, en hommage à ceux dont le sacrifice a ouvert la voie à l’émancipation nationale.

À l’origine de l’explosion sociale, une décision administrative lourde de conséquences : l’interdiction d’un meeting de l’Alliance des Bakongo (ABAKO). Prévu à la place YMCA, ce rassemblement devait permettre aux leaders nationalistes de partager les conclusions du congrès panafricain d’Accra, symbole d’un continent en quête de liberté. La fermeture de cet espace d’expression a transformé une attente politique en colère populaire, rapidement hors de contrôle.

Pendant trois jours, la capitale coloniale bascule dans une agitation sans précédent. Des commerces et infrastructures sont incendiés, des véhicules détruits, révélant la fragilité d’un système que l’administration belge croyait solidement encadré. Le bilan humain reste controversé : si les chiffres officiels évoquent quelques dizaines de morts, plusieurs sources historiques estiment que les victimes se compteraient en centaines, conséquence d’une répression jugée sévère.

Pour les historiens, le 4 janvier 1959 marque un point de non-retour. Ces émeutes obligent le pouvoir colonial à reconnaître l’ampleur et la profondeur de l’aspiration à l’indépendance au sein de la population congolaise. Moins de deux ans plus tard, le Congo accédera à la souveraineté, le 30 juin 1960. Plus qu’une commémoration, cette date rappelle que l’indépendance fut d’abord conquise par la rue, portée par une conscience collective désormais irréversible.

CK

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